--Général, vous allez nous aider à couronner cette jeunesse. Vos mains glorieuses rehausseront encore le prix de nos couronnes.

--Mais, objectait le général, je ne sais pas trop comment cela se manigance.

--Rien de plus simple. En remettant le livre à l'élève appelé, vulgo au lauréat, vous lui adressez quelques paroles bien senties.

Quelques instants après, on appelle le prix d'honneur, volumes et lauriers sont remis au général. L'élève s'approche en s'inclinant. Un moment le général hésite. On croit deviner qu'il aimerait mieux être au feu. A la fin il se recueille, il cherche; puis, tout à coup:

--S.... nom de D..., jeune homme, lui dit-il, voici le prix de votre récompense.

Il y a eu, la semaine passée encore, comme une atmosphère de duel au-dessus de Paris, Plusieurs rencontres à main armée étaient arrangées. Quelques-unes ont eu lieu, et, comme toujours, entre hommes politiques et journalistes.

«Un duel, disait Lamennais, cherchez toutes les excuses qu'il vous plaira, c'est la guerre civile en raccourci.» Ce n'est certainement pas le moment de continuer cette guerre. Mais que voulez-vous? Ni la parole des sages, ni les lois de fer, ni le fouet des poètes, n'ont pu guérir notre génération de cette triste et inutile manie. A toute secousse sociale, de vingt-cinq ans en vingt-cinq ans, on est sûr de le voir reparaître.

En 1833, après plus de cinquante duels entre royalistes et républicains, une scène curieuse se passait à l'ancien National. Armand Carre! déplorait que le duel persistât. Il se lamentait donc à ce sujet en présence d'un de ses collaborateurs, fort homme d'esprit. J'ai nommé Thibaudeau, le fils de l'ancien sénateur, si fécond en réparties vives et piquantes.

--Je ne vois qu'un moyen de contrecarrer le duel, lui disait ce dernier, c'est de le prendre par le ridicule.

--Faites comme vous l'entendrez, répondit Armand Carrel.