--Il n'y a pas d'heure pour les braves, interrompit en riant mon aimable cicérone.
N'ayant rien à objecter, je me mis également à rire.
--L'établissement, continua le général, est très-sain et le régime très-hygiénique. Nos hommes vivent longtemps et meurent sous à un âge très-avancé. Cependant il leur faut, pour être admis ici, au moins quarante ans de service. Or, le service aux Indes est affreusement pénible. Pour un oui, pour un non, on entre en campagne, et les expéditions durent quelquefois six mois, huit mois, un an. Le climat est terrible. Les fatigues sont énormes. Il faut subir tout cela pendant quarante années pour avoir ce que vous voyez et une haute paye destinée aux menus plaisirs.
--Et cette haute paye, de combien est-elle?
--De 10 cens (21 centimes) pour les soldats et de 20 cens (42 centimes) pour les sous-officiers.
--Ce n'est pas énorme, fis-je, mais il faut ajouter à cela qu'ils sont logés comme des princes, nourris comme des diplomates et divertis comme des rois.
--Ils doivent cela à leur travail, me répondit le général, car sans travail et sans discipline nous ne pourrions leur donner ni bonne chère, ni distractions.
Je demandai ensuite au gouverneur de dessiner deux de ses vieux braves, permission qui me fut gracieusement accordée.
Lorsque je commençai à pourtraicturer celui qui possède une jambe de bois, j'essayai de causer avec lui et lui fis quelques questions en langue hollandaise.
--Vous perdez votre temps, me dit le général, car celui-là ne sait que l'allemand. C'est un allemand pur sang.