Ainsi il est bien entendu que les jugements rendus par la cote sont purs de toute condescendance et de toute flatterie. Apportez à la Bourse les titres d'une République et d'une monarchie, et, sans se laisser éblouir par les dorures de l'une et le beau langage de l'autre, la Bourse, en véritable Gobsec, les mettra indifféremment dans sa balance et se contentera de dire ce qu'ils pèsent.
L'argent est aussi un souverain, et c'est lui qu'on pourrait à coup sûr appeler le Roi des Rois. Sancta divitiarum majestas, dit l'Écriture. Or, l'argent ne relève que de lui-même et se conduit toujours de manière à bien montrer que charité bien ordonnée commence par soi-même.
Songez, en effet, que l'argent n'a jamais eu et n'aura jamais d'autre préoccupation que l'idée du gain;
Songez que la réalisation de ce gain peut se faire sur des valeurs de toutes sortes, rentes, chemins de fer, banques, sociétés industrielles, commerciales, maritimes;
Songez que toutes ces valeurs sont incessamment placées sous le coup de ce delirium tremens qu'on appelle la hausse et la baisse;
Songez qu'il suffit d'un écart de 10 c. sur la rente,--un rien!--pour vous donner sur la moindre des opérations, un achat ou une vente de 3000 fr. de rente, un écart de 100 fr.
Donc, pour vous guider dans ce labyrinthe, pour apprécier toutes les valeurs qu'on fera papilloter à vos yeux, n'ayez jamais d'autre règle que celle-ci: le revenu du titre qu'on vous offre et sa sécurité.
La forme! la forme! disait Brind'hoison; l'argent! l'argent! dit la Bourse.
Ainsi constituée, comme la chair de notre chair et l'âme de notre âme, comme l'ombre qui accompagne chacun de nos mouvements et l'écho qui redit chacune de nos paroles, la Bourse n'est plus que le mouvement perpétuel de notre civilisation enfiévrée.
Il n'est pas une nouvelle, pas une impression qui ne vienne là faire subir à la cote son contre-coup. La paix et la guerre, l'abondance et la rareté de l'argent, les disettes et les gelées, les bons et les mauvais gouvernements, la hausse et la baisse du taux de l'escompte, la bonne santé ou la maladie des ministres, les bonnes et les mauvaises nouvelles financières, la politique et les grèves, la sécheresse et la pluie, tout, absolument tout vient se répercuter sur ce marché. Vous ne pouvez toucher une seule note du clavier social sans que cette note vienne immédiatement se faire sentir sur le balancier de la hausse et de la baisse.