Aussi les nouvelles ont-elles une importance énorme sur le va-et-vient des valeurs, et les faiseurs ne se gênent pas pour en inventer. La dépêche du Tartare; a laissé à la Bourse un souvenir impérissable.

À l'heure où se préparait la guerre d'Orient, et pendant que le paletot gris du général Mensikoff faisait trembler le Divan, un spéculateur vint annoncer un jour à la Bourse que les Russes étaient entrés à Constantinople. La dépêche avait été apportée à travers les provinces de la Turquie par un Tartare, dont on donnait l'itinéraire.

La Bourse accueillit par une baisse rapide la terrible nouvelle.

Le lendemain, la dépêche n'était plus qu'une invention qui faisait rire le public. Mais les habitués de la Bourse tonnaient comme des matelots qui ont vu passer une trombe sur leur tête.

Vous n'avez certainement pas tous les jours une dépêche du Tartare; mais vous pouvez vous attendre à un télégramme batailleur de l'Italie contre Rome et de Rome contre l'Italie, à un froncement du sourcil de M. de Bismark, à la mauvaise humeur de l'Angleterre et de la Russie, à tous les mille incidents de la vie politique de chaque jour, et alors vous devez suivre la devise du sage et vous tâter le pouls neuf fois avant de toucher à la rente.

Ceci posé, abordons les opérations de la Bourse, c'est-à-dire, en d'autres termes, déchiffrons les rébus de ces opérations; car de tous les curieux, de tous les visiteurs inexpérimentés qui assistent au vacarme de ce marché, qui ressemble à un charivari, il n'en est pas un qui ne s'écrie: «--Mais tous ces boursiers sont des échappés de Charenton! C'est l'arche de Noé! Ils sont fous!»

C'est bien pis encore, lorsque l'observateur veut s'initier aux mystères de ces opérations dont le vocabulaire n'est pour lui qu'un argot véritable.

L'un n'est occupé qu'à chercher des Arbitrages.

L'autre ne parle que de son échelle de Primes.

Celui-ci ne fait que du Ferme.