Celui-là, vendeur enragé, passe son temps à vendre Ferme contre Prime.

Un troisième, acheteur quand même, fait le contraire de son voisin et prend Ferme contre Prime.

Et le spectateur ballotté entre le Ferme, la Prime et l'Arbitrage finit par se dire: C'est la tour de Babel!

Déchiffrons chacune de ces énigmes.

Il est clair, tout d'abord, que cette foule tumultueuse et glapissante se partage, comme la foule de tous les marchés, en deux moitiés bien distinctes: les acheteurs et les vendeurs.

Les acheteurs eux-mêmes se partagent en deux camps. Les uns se, contentent d'acheter ce qu'ils appellent un titre de tout repos--rente ou obligations--l'enferment dans leur portefeuille et se contentent d'en toucher les revenus, sans jamais mettre le pied à la Bourse. Ce sont incontestablement les plus sages.

Mais il y a des acheteurs qui, tout en ne faisant que des affaires au comptant, tiennent à faire de la Bourse la poule aux œufs d'or, et qui passent leur temps à calculer le meilleur emploi de leur argent. Ainsi, par exemple, les coupons de toutes les valeurs ne se paient pas aux mêmes époques. Eh bien! les acheteurs dont nous parlons vendent les titres dont ils ont encaissé les coupons, pour en acheter d'autres dont les coupons ne sont pas encore échus. C'est ce qu'ils appellent faire la chasse au coupon. D'un autre côté, les nouvelles qui pleuvent sur le marché modifient les avantages que peuvent présenter les valeurs. Ces acheteurs se tiennent également à la piste de ces nouvelles, pour en profiter au plus vite. Ils vendent les titres qu'ils ont en main pour en acheter d'autres qu'ils considèrent comme plus profitables.

Eh bien! Ce sont ces opérations qui consistent à vendre un titre pour en acheter un autre qui s'appellent, en termes de Bourse, des Arbitrages.

Il y a des boursiers malins, rusés, retors, qui font rapporter quinze à vingt pour cent par an à leur argent par la pratique dès arbitrages. Mais il faut bien avoir le pied marin pour rie pas tomber sur ce plancher mobile. Tout n'est là que mensonges, clinquant, tromperie, et bien souvent, en faisant un arbitrage, on arrive à vendre un titre excellent pour acheter un rossignol. Que de bonnes gens qui dormaient tranquilles sur l'oreiller de leurs rentes, et qui se sont réveillés sur la paille, après avoir fait un arbitrage!

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