G. DE CHERVILLE.

(La suite prochainement.)

HISTOIRE DE LA COLONNE

Premier article.

Nombre d'écrits ont été publiés sur ce sujet. Mais ils sont très-peu et très-mal connus de notre génération. A tel point que, sans les fantaisies iconoclastiques de la Commune, combien d'entre nous ne reculeraient pas encore devant cette affirmation:--«La colonne Vendôme est toute de bronze massif!»

L'heure présente donne à ce monument un regain d'actualité. Le dernier peut-être. Profitons-en. Non pour ressasser, en bloc, tous les renseignements acquis. Mais pour choisir et remettre en lumière les plus intéressants et les plus pittoresques. Un peu de technologie, beaucoup d'histoire anecdotique. Voilà notre plan.

I.--LES PRÉLIMINAIRES.

Le tribun Curée, et, après lui, le conseiller d'État Portalis s'étaient écriés: «La France a besoin d'un prince pour n'avoir pas un maître!» Ce cri pouvait passer pour l'expression, un peu bien entortillée, des vœux du pays. Ainsi l'avaient déclaré les Chambres. Un mois plus tard, la République était morte et l'Empire était né. C'était le 18 mai 1804, un vendredi.

L'adhésion de la France à la nouvelle forme gouvernementale était réputée unanime. Comment ne pas perpétuer, à travers les âges, le souvenir de ce triomphe? Napoléon décide l'érection, sur la place Vendôme, d'un monument commémoratif dit «colonne départementale.» Les travaux commencent. On pose la première pierre. Mais les événements se sont précipités. Une nouvelle guerre s'engage. Le 25 septembre 1805, un premier corps d'armée passe le Rhin à Mayence. Trois mois après, Alexandre 1er et François II signaient le traité de Presbourg. C'était fini.

Or, de toute la campagne, le baron Denon, membre de l'Institut, directeur général des musées et de la monnaie des médailles, n'avait pas quitté l'empereur. A peine les dernières fumées d'Austerlitz se sont-elles évanouies, qu'il suggère au vainqueur, dans Schœnbrunn, la pensée de remplacer la «colonne départementale,» en cours d'exécution, par une autre colonne, dédiée à la Grande-Armée. Ce sera comme un gigantesque point d'admiration au bout de la merveilleuse période militaire que l'empereur vient d'écrire à la pointe de l'épée!