On prendra pour type la colonne Trajane. Les circonstances dans lesquelles celle-ci fut édifiée ne présentent-elles pas, avec les causes et les résultats de la guerre qu'on vient d'achever, d'éclatantes analogies? Que disent, en effet, les annalistes? Écoutons-les:

«Après avoir, une première fois, défait les Daces (1), Trajan venait, par un traité trop généreux, de leur accorder une paix inattendue. Cependant, au mépris des conventions, Décébale, le roi vaincu, recommence à fabriquer des armes, à construire des forteresses, à fomenter des ligues. Il va même jusqu'à s'emparer d'une province alliée des Romains. Trajan se remet en campagne et, de nouveau, ses aigles victorieuses pénètrent au cœur de la Dacie.--A son retour, le Sénat lui vote, au nom du peuple, une colonne commémorative de tant de gloire.»

Note 1: Les Daces habitaient la contrée connue aujourd'hui sous le nom de Hongrie.

Franchement, il faudrait avoir l'œil bien peu courtisanesque pour n'apercevoir pas, entre les deux expéditions, l'une romaine, l'autre française, de nombreux points de similitude. Mêmes étant les causes, même doit être l'effet.--Il est vrai que, pour Trajan, c'est au Sénat qu'appartient l'initiative de l'hommage; il est encore vrai que cet hommage s'adressait non pas seulement à l'empereur qui venait de battre l'ennemi, mais aussi--s'il faut en croire l'inscription du monument--à l'empereur qui venait d'aplanir de 144 pieds les collines hérissant les abords du Forum...

Mais pourquoi chicaner?

L'idée du célèbre académicien séduit l'illustre capitaine, et la colonne est décrétée.

Elle sera de pierre, revêtue de bronze.

Les canons rapportés d'Ulm et des arsenaux de Vienne feront, seuls, les frais du revêtement.

Et la campagne de 1805 tournoiera, sur l'airain autrichien et russe, comme sur les trente-quatre blocs de marbre de la colonne Trajane tournoie la campagne de 106!

II.--L'exécution.