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A ces causes de retard, il faut ajouter les «petites raisons» d'État surgissant de temps à autre. Un de ces incidents mérite d'être relevé.
Si les bas-reliefs du fût devaient être des tableaux d'histoire, disant la campagne de 1805 presque jour par jour, ceux du piédestal devaient être, pour ainsi parler, des natures-mortes militaires: armes, uniformes, ustensiles, etc., etc., des armées étrangères: trophées marqués aux chiffres connus «F. Il et A. I» des deux empereurs vaincus. Pourquoi, la colonne achevée, n'a-t-on trouvé, sur ces bas-reliefs, que la première de ces deux initiales?--C'est Launay, le fondeur, qui va nous l'apprendre:
«Napoléon, recherchant l'alliance de la Russie, donna par politique l'ordre d'effacer des bas-reliefs tout ce qui pouvait rappeler les triomphes de l'armée française sur les Russes réunis aux Autrichiens. Nous trouvâmes que cet ordre pourrait par la suite diminuer la gloire de l'armée, car les antiquaires à venir ne voyant sur la colonne que les dépouilles enlevées à l'Autriche, en concluraient qu'elle seule a été vaincue. Nous prîmes la résolution de consigner ce fait Et afin d'en établir une preuve incontestable, nous conservâmes, au-dedans des grands bas-reliefs de la colonne, les marques du triomphe des Français sur les armées russes et autrichiennes réunies. Preuve que l'on pourra lire au revers des bas-reliefs--où les chiffres de ces deux puissances se trouvent accolés, comme ils l'étaient sur les bas-reliefs avant l'ordre qui nous fut transmis--lorsque la faulx du temps, qui n'épargne rien, aura réduit en ruines un monument qui doit, par sa solidité et la nature de sa construction, traverser une suite de siècles pour ainsi dire innombrables...»
L'empereur, qui venait de divorcer, projetait alors en effet son mariage avec la grande-duchesse de Russie. D'où ses ménagements à l'endroit d'Alexandre. Mais le projet n'eût pas de suite. Et, chose curieuse! c'est précisément la fille de celui dont la défaite demeurait soulignée, seule, au bronze des bas-reliefs, qu'il devait épouser--près de cinq mois même avant l'inauguration de la colonne!
Jules Dementhe.
(A suivre.)
LES THÉÂTRES
Théâtre du Palais-Royal.--Le Baptême du petit Oscar, par MM. Eugène Grangé et Victor Bernard.
Sur le vu de l'affiche, les naïfs se disaient: «Ce sera quelque drôlerie prenant sa source dans le Baptême du petit ébénisse.» Eh bien, non, rien de semblable.--La chose n'en est pas pour cela plus originale, croyez-le bien. Il s'agit d'une rengaine tirée du Chapeau de paille d'Italie, cette odyssée burlesque qui est toujours jeune après vingt-cinq ans de reprise. Seulement il y a ici une inversion d'une allure assez amusante. Ce qu'on perd, ce qu'on cherche, ce qu'on demande à tous les échos de la grande ville, ce qu'on ne trouve et ce qu'on finit pourtant par trouver, ce n'est plus un chapeau de paille, non, c'est un enfant au maillot, c'est le petit Oscar lui-même. Le poupon a été égaré dès son premier jour, ni plus ni moins que Cœlina, l'enfant du mystère, dans le roman fameux de Ducray-Duminil. Ajoutez toutefois que c'est d'une façon infiniment moins sinistre.