«Les revenus ont, jusqu'ici, répondu aux estimations, et bien que l'activité du commerce ait été moins considérable dans certaines branches, pour différentes raisons, la situation du pays continue à s'améliorer visiblement. J'ai la confiance que ces résultats et tous les autres bienfaits de la divine Providence trouveront dans nos paroles et dans nos cœurs la reconnaissance qui leur est due.»

COURRIER DE PARIS

Ceux qui aiment à faire un tour au Jardin des Plantes ont recueilli de ce côté-là une rumeur des plus inquiétantes. On a d'assez mauvaises nouvelles de l'hippopotame. Si l'amphibie n'est pas positivement malade, il est bien près de l'être. On peut le comparer à l'un de ces viveurs du jour dont les élégants du boulevard disent, un soir, en hochant la tête: «Un tel est en train de remercier son boulanger.» L'hippopotame n'a pas de boulanger attitré. Il a bien mieux. Il est l'objet de la plus tendre sollicitude de la part de l'honorable M. Chevreul, directeur général du Jardin. Or, depuis cinq ou six jours, sans se soucier du chagrin qu'il peut causer à l'illustre savant, l'hippopotame s'obstine à refuser toute nourriture.

Quand on va des perroquets aux panthères, on rencontre un vénérable vieillard, pâle, désolé, tout désorienté: c'est justement M. Chevreul. Il se frappe le front comme pour s'interroger.

--Eh! qu'a-t-il donc? se demande-t-il. Que signifie un refus si opiniâtre? Je calme les tigres, j'égaie le zèbre, je parviens à donner de la grâce aux ours. Cet enfant de Sumatra me fera mourir avec la persistance de ses idées noires!

Tout le long de l'établissement, on se creuse la tête. Il s'agit de savoir si ce malaise soudain ne résulterait point de l'étrange climat qu'il fait chez nous cet été, ou bien encore s'il n'y aurait point dans ce cas quelque bouffée de mélancolie causée par le spectacle de ce qui se passe en politique, en littérature ou en industrie. N'oublions pas qu'un très-fin observateur, qui n'est autre que le voyageur Levaillant, a constaté une observation précieuse: il a vu que l'hippopotame a les nerfs d'une très-grande susceptibilité et, par conséquent, une tendance prononcée à l'élégie, comme les Parnassiens.

Dans le premier moment, on avait cherché à combattre l'affection dont souffre le malade en faisant des sacrifices qu'on ne prodigue pas d'ordinaire aux hôtes du Jardin des Plantes. Ainsi deux seaux de glace avaient été jetés dans la bauge où il prend ses bains de chaque jour. C'était une attention délicate. Tout bon cœur s'y serait montré sensible. L'hippopotame n'a pas bougé. On a cherché alors à émoustiller son appétit. M. le directeur a fait apporter des melons d'eau dont le sujet est toujours si friand; on y a ajouté une corbeille de framboises. Rien n'y a fait. La mélancolie a persisté. Il faudra aller jusqu'aux pêches de Montreuil, peut-être même jusqu'au raisin noir de Malaga. C'est ce qu'a dit M. Chevreul non sans frémir, car enfin c'est beaucoup s'avancer, puisque Malaga est continuellement en état d'insurrection et qu'on n'en fait plus venir du raisin comme on veut.

George Sand passe les vacances en Auvergne, accompagnée des deux petites filles de M. Maurice Dudevant, son fils. Toutes les trompettes de la presse se hâtent d'annoncer le fait dans une fanfare de deux lignes. Il n'en faut pas plus pour rafraîchir l'esprit de ceux qui sont fatigués des stériles préoccupations de la politique. Vous est-il arrivé, un jour, de voir à la devanture de Goupil un crayon déjà ancien de Thomas Couture? L'esquisse faisait pendant à une autre étude représentant la figure de Béranger et retraçait une tête de vieille femme. Un front bombé, assez large, des cheveux encore fort épais mais tout parsemés de fils d'argent et s'échappant autour du cou en boucles assez indociles, un grand œil rond, le nez calme et étonné d'un mouton du Berry, la bouche sensuelle, bienveillante, le menton un peu exigu, rien d'une Corinne de Mme de Staël ni d'un ange fatal de Byron non plus. Telle était l'image de George Sand en 1850, je crois. Vingt-trois ans ont passé sur le monde. L'illustre femme a peu changé. En 1873, c'est encore cette même tête du crayon, un peu plus charnue sans doute, un peu plus marquée aussi, comme disent les comédiens. Nous voilà bien loin de l'admirable portrait qu'a gravé Calomalta vers 1835, une belle tête brune, le visage d'une pâleur mate, le cou reposant sur des attaches aristocratiques, le front très-hardi, éclairé, animé par de grands yeux bien fendus. Tout cela poétisé par une montre de rêverie fort en vogue alors, et égayé par une branche de jasmin de Florence habilement noyée dans les plus beaux cheveux noirs qu'on eût vus depuis ceux de Mme Tallien. Que voulez-vous? tout passe et tout passe vite ici-bas, et pourtant la flamme qui vivifiait cette argile n'a pas cessé de pétiller et de rayonner! Gens d'Auvergne, approchez-vous de la voyageuse; regardez-là de près; causez un instant avec elle, et vous verrez que le temps n'a pas tout enlevé et qu'il reste toujours beaucoup de jeunesse dans cette prodigieuse nature d'artiste.

Dix ou douze beaux vers de Victor Hugo ont suffi pour rendre célèbre dans les deux mondes la petite Jeanne (voyez par exemple l'Année terrible). Dans une page, George Sand a parlé de ses deux petites-filles de manière à ce qu'on s'intéresse toujours à elles. Il s'agit d'une chasse aux chenilles faite en décembre 1872, en pleine Vallée-Noire: «Le temps de prendre Jeannette une pelle-à-main, et me voilà prête. Vous savez bien tous ce que c'est que Jeannette? Non? Si je vous dis que c'est la boîte de Dillénius, cela vous paraîtra bien pédant. Je pense comme vous d'avance et j'aime bien mieux ce bon petit nom champêtre que les amateurs de botanique sans prétention ont donné à la boîte de fer blanc peinte en vert qu'ils passent à une courroie et qu'ils portent sous le bras, pour rapporter de la promenade les plantes de quelque intérêt sans qu'elles soient flétries.» (Impressions et Souvenirs.)

La botanique, l'entomologie, les plantes, les scarabées, ce n'est pas tout. Attendez: «Mon fils fauche avec dextérité pendant que ses filles, assises sur des souches de chênes coupés, où j'ai étendu mon manteau, déjeunent gaiement...