S'il était permis de discuter la thèse en question, comme digne de quelque attention, nous nous bornerions à demander à ceux qui essayent de l'introduire, s'ils n'ont pas peur de blesser le sentiment universel de respect qui couvre le nom du maréchal de Mac-Mahon. Le manège était plausible avant le 24 mai; depuis il est plus qu'injurieux, il est puéril.»

Quelle que soit la manière dont se posera devant l'Assemblée la question de la restauration monarchique, il est certain que la majorité du 24 mai verra se détacher d'elle un certain nombre de ses adhérents lorsqu'il s'agira de la résoudre. Le groupe bonapartiste, notamment, paraît décidé à se réunir à la gauche pour demander la dissolution et l'appel au peuple. Voici quelques passages d'un article du Pays qui ne laisse aucun doute à cet égard, et qui contient des appréciations curieuses à noter sur les sentiments des bonapartistes à l'égard de leurs nouveaux alliés dans cette étrange association:

«Rien en effet ne saurait plus nous répugner qu'un rapprochement avec les républicains; un tel rapprochement paraît monstrueux et hors nature: mais serait-ce une raison, par exemple, que nous abandonnions la doctrine de l'appel au peuple, uniquement parce que les républicains l'adoptent? Non.

«En pareil cas, nous combattrions isolément les uns et les autres, sans appartenir pour cela à la même armée, au même chef; et cependant, des deux côtés l'objectif serait le même.

«Reste pourtant à savoir si, poussés dans leurs derniers retranchements, si, en présence d'un 4 septembre légitimiste, orléaniste ou fusionniste, les républicains ne chercheront pas à risquer le tout pour le tout sur l'appel au peuple. Car, dans ce cas, l'essentiel pour eux serait de désarmer la fusion, de jeter le désordre dans ses rangs, quitte à laisser les bonapartistes coucher sur le champ de bataille où aura combattu la République.

«Y aurait-il dans ce fait une alliance entre les bonapartistes et les républicains?

«Pas le moins du monde. Après la lutte contre l'ennemi commun, chacun garderait ses positions, en attendant que la doctrine de l'appel au peuple passe du domaine des idées dans le domaine du fait accompli.»

Tandis que les partis poursuivent sans trêve le cours de leurs intrigues, nous voyons se dresser à l'horizon une question d'un tout autre genre et devant laquelle sont venues plus d'une fois échouer les combinaisons des plus profonds politiques. La récolte de 1873 a été mauvaise, et le prix du blé s'est subitement élevé à un taux qu'il n'avait pas atteint depuis bien des années. Hâtons-nous d'ajouter que les affirmations des pessimistes qui nous menacent d'une disette sont loin, jusqu'à présent, d'être confirmées par les faits; s'il est malheureusement vrai que la production du blé ait été cette année notablement inférieure à la moyenne ordinaire, on a lieu de penser que cette infériorité sera corrigée, en partie, par un rendement supérieur des épis; et quant à l'élévation actuelle des prix, il paraît avéré qu'elle résulte en partie des spéculations qui, comme toujours en pareil cas, exploitent les craintes exagérées de la première heure.

Quoi qu'il en soit, le gouvernement s'est ému de cet état de choses, et il n'a même pas attendu les observations qui lui ont été présentées à ce sujet par la commission de permanence, pour préparer les mesures destinées à atténuer le mal. Déjà le Journal officiel a publié un décret exemptant les grains et farines importées des surtaxes d'entrepôt et de pavillon; en même temps, le gouvernement entrait en pourparlers avec les compagnies de chemins de fer dans le but d'obtenir un abaissement de tarif dans le transport des céréales; et bien que ces pourparlers n'aient pas encore abouti, tout fait espérer une heureuse solution. En tous cas, si les récoltes sont en réalité très-inférieures à la moyenne, elles le sont beaucoup moins que les alarmistes l'avaient affirmé d'abord, et l'on peut être assuré dès à présent que les mesures les plus larges seront prises pour favoriser les importations destinées à combler le déficit.

ESPAGNE.