M. Savigny.

BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE

Étude sur Moisant de Brieux (1614-1674), par M. René Delorme (Caen, 1 broc. in-octavo).--Moisant de Brieux, dont le nom paraîtra peut-être nouveau à plus d'un lecteur, est le fondateur de l'Académie de Caen, et il fut à son heure un poète de talent et un écrivain de valeur. Son principal titre, pour la postérité, est peut-être sa vive amitié pour M. de Montausier, le mari de Julie d'Argennes, et l'homme qui, dit-on, servit de modèle à Molière pour le type d'Alceste. Mais, Molière n'avait pas à chercher si loin un Misanthrope: il n'avait qu'à se regarder et à se peindre lui-même.

«Ce sont les génies de premier ordre, dit M. René Delorme, l'auteur de cette Étude, ce sont les grands écrivains surtout qui d'ordinaire ont reçu ce don de représenter à eux seuls l'humanité tout entière. Cependant ou trouve encore quelquefois, parmi les talents d'un ordre plus modeste, cette même propriété appliquée à un cercle plus restreint. Moisant de Brieux est de ces derniers.»

Et pour faire revivre ce personnage du XVIIe siècle de sa vie propre, M. Delorme évoque aussitôt avec beaucoup d'art et de couleur la vie même à cette époque de la ville de Caen, alors appelée l'Athènes normande. Voici les salons de Mmes de Tilly et de Erosmesnil, femmes charmantes sans préciosité; voici Ménage et Segrais, les conseillers Sevin et Tibeuf, Moisant de Brieux, enfin, dont M. Delorme reconstitue la vie avec une fidélité qui me faisait croire que le biographe de Brieux était aussi son compatriote.

Peu d'écrivains ont parlé; de Moisant de Brieux, et il a fallu à M. Delorme une singulière patience pour remettre en lumière cet auteur. Né à Caen en 1614, dans l'ancien hôtel d'Ecoville, Moisant de Brieux mourut en 1674, en répétant deux vers de ses Méditations morales et chrétiennes:

Mon âme, souviens-toi de ta haute noblesse;

Quittons, quittons la terre et contemplons les cieux!

Bayle écrivait alors de Rouen: «L'Académie de Caen a perdu en la mort de M. de Brieux, le plus grand poète latin qui fust en France et fort versé dans les belles-lettres.»

L'Académie de Caen a couronné le travail de M. René Delorme sur son fondateur. Cette œuvre d'érudition, facile et d'un agrément tout à fait complet, nous donne l'assurance que M. Delorme réussira également un ouvrage qu'il prépare sur la Critique au temps de Molière. Ce sont de ces travaux auxquels doit applaudir la critique et qui, pour leurs auteurs, portent avec eux leur propre récompense, la satisfaction de la découverte et le plaisir de la faire partager au public.