M. DE BOURBON SE DISANT PETIT-FILS DE LOUIS XVI.

J'ai toujours désiré l'obscurité, et maintenant je la souhaite plus que jamais. Mais ma vie est pure et chacun peut la fouiller, sans crainte d'y trouver une mauvaise action ou un mauvais désir. C'est pourquoi je veux vous initier à ce qu'elle l'enferme de souffrances et de chagrins.--Le jeune lieutenant m'ayant fait monter dans un salon où nous risquions moins d'être dérangé, reprit en ces termes:

--On vous aura dit sans doute que j'étais un ambitieux, et peut-être un imposteur.

Je fis un mouvement.

--Ne vous en défendez pas, reprit-il avec un triste sourire; ma présence ici-bas gêne trop de monde pour que ceux qui ont essayé d'assassiner mon père ne tâchent pas de déshonorer ses enfants. La vérité est que je ne suis pas un ambitieux; quant à être un imposteur, vous allez en juger vous-même.

En 1845, mon père, méconnu, harcelé, poursuivi par des haines sans nom, expira à Delft, en Hollande, et la conviction de tous ceux qui assistèrent à ses derniers moments est qu'il mourut empoisonné. Lorsqu'il fallut enregistrer son décès sur les livres de l'état-civil, une difficulté se présenta. Les amis de mon père déclarèrent que celui qui venait de mourir se nommait Charles-Louis de Bourbon, fils légitime de Louis XVI, roi de France et de Navarre, et de S. A. I. et R. Marie-Antoinette d'Autriche, morts tous deux à Paris. Ledit Charles-Louis était né au château de Versailles, le 27 mars 1785.

Le secrétaire de la régence refusa d'inscrire une semblable mention. On dût en référer au bourgmestre; mais celui-ci n'osant prendre sur lui de décider un point aussi important, adressa notre requête au ministre de l'intérieur, en le priant de vouloir bien trancher la difficulté..

S. E. le ministre prit connaissance des pièces qui étaient entre les mains de nos amis, et après y avoir été autorisé par S. M. Guillaume II, ordonna que l'inscription fut faite telle que nous en avions témoigné le désir.

--Et cette inscription existe? demandai-je.

--Deux fois à Delft, monsieur. D'abord sur les registres de l'état civil, et ensuite sur la tombe de mon père. Mais prêtez toute votre attention à ce qui va suivre.