Le chiffre total de tous les courtages payés annuellement à la Bourse de Paris n'est pas moindre de 100 MILLIONS DE FRANCS!

Retenez ces deux chiffres, et dites-vous bien que le courtage est le Sacramento de la Bourse.

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Continuons.

Le marché des primes, avons-nous dit, n'est en réalité qu'un jeu, par suite du droit que se réserve l'acheteur d'abandonner sa prime pour renoncer à son achat. Mais ces primes qui tombent tous les jours comme une grêle sur le marché ne représentent pourtant, malgré l'étendue de leurs opérations, qu'une partie des affaires de la Bourse.

Le marché le plus ordinaire, le plus répandu, celui qui est l'âme de la spéculation, c'est le marche ferme, ainsi appelé par opposition au marché à prime, qui admet une résiliation au gré de l'acheteur, tandis que le marché ferme établit, pour l'acheteur comme pour le vendeur, une opération définitive.

Le marché ferme s'appelle aussi marché à terme, parce que toutes ces opérations d'achats et de ventes se font réellement à terme. Le terme de chaque liquidation va d'un mois à l'autre. Acheteurs et vendeurs peuvent, tout le mois, effeuiller à volonté toutes les rentes du Grand-Livre. Mais le dernier jour du mois arrivé, et la réponse des primes achevée, acheteurs et vendeurs doivent se liquider, et la liquidation peut se faire de deux manières:

Ou l'acheteur vend les rentes qu'il a achetées, et le vendeur achète les rentes qu'il a vendues et les opérations sont closes; la liquidation est terminée, il ne reste plus qu'à passer à la caisse pour régler les différences à payer ou à recevoir.

Ou l'acheteur et le vendeur veulent continuer pour le mois suivant les opérations d'achats et de ventes qu'ils ont faites dans le courant du mois, et alors l'acheteur et le vendeur font passer leurs opérations d'un mois à l'autre, au moyen d'une transaction qu'on appelle le report. Encore un mot qu'il nous faut mettre en lumière.

L'acheteur à terme, qui veut conserver sa position et la faire reporter d'un mois à l'autre, s'adresse à un capitaliste reporteur qui consent, lui, à prendre livraison des titres achetés au lieu et place de l'acheteur sans argent, et qui fait l'avance pendant un mois de la somme nécessaire à cette opération, moyennant une rétribution qui représente l'intérêt de cette avance et que l'on nomme le report. Le report est plus ou moins cher, suivant l'abondance ou la rareté des capitaux disponibles sur la place.