Mais le simple exposé de ces opérations démontre que le marché ferme, comme le marché à primes, n'est, en fin de compte, qu'un jeu qui s'étend sur la grande échelle. Achetez, vendez; vendez, achetez, pendant tout le mois, toutes les rentes que vous voudrez, sans avoir ni le capital, ni les titres, qu'importe? Pourvu que votre compte de liquidation établi, vous soyez en mesure de payer à votre agent la différence qui résulte de l'écart entre vos achats et vos ventes.
Le spéculateur n'a plus alors qu'à déposer chez un agent de change ou chez un coulissier une couverture, c'est-à-dire une somme nécessaire pour garantir le payement de ses différences. Inutile d'ajouter ici deux choses: la première, c'est qu'il y a, bien entendu, des clients qui n'ont pas besoin de donner une couverture, et ce sont les meilleurs;--bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée;--la seconde, c'est que les malheureux qui arrivent à la Bourse avec la pensée d'arriver au million avec les quatre sous qu'ils ont dans leur poche et qui leur servent de couverture sont bien certains de ne jamais décrocher la timbale.
Une longue expérience a prouvé qu'il suffit de quelques liquidations pour dévorer le pécule déposé, et c'est ainsi qu'on arrive à comprendre comment les couches de spéculateurs se succèdent sans interruption autour de la rente et comment la Bourse les balaie comme des jonchées de feuilles mortes. Les spéculateurs s'en vont, mais les courtiers restent. Nous l'avons dit plus haut: La cagnotte! La cagnotte! Le courtage! Le courtage! tout est là!
Un gros tapissier de Paris qui avait fait d'énormes affaires à la Bourse, disait à l'un de ses amis:
--Savez-vous où les couvertures s'usent le plus vite à Paris?
--Ma foi! non, répondit l'ami.
--C'est à la Bourse, mon cher, reprit le négociant avec un soupir.
Qu'on se le dise!
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Une bonne vérité, celle-là; mais qui n'a jamais eu et qui n'aura jamais de prise sur la spéculation. C'est qu'en effet, le jeu de la Bourse est le plus attrayant et le plus terrible des jeux et nous allons dire pourquoi.