Quand Brid'hoison dit, en parlant des sots compliments, qu'on ne dit ces choses-là qu'à soi-même, il se montre à mon avis d'un optimisme trop favorable à notre pauvre nature. Nous sommes plus disposés à nous flatter nous-mêmes qu'à mettre en relief nos défauts. La figure la plus laide, dit un vieil adage, finit par trouver sur elle des grains de beauté, et c'est en justifiant cette observation que Mme de Staël disait de Mirabeau:--«Nos laideurs s'attirent!»
Nous sommes ainsi faits, et cette pensée ne trouvera certainement pas de contradicteurs.
Eh bien! Appliquez ce penchant de l'espèce humaine aux opérations de Bourse et vous comprendrez l'entraînement' universel qui pousse les hommes de notre temps vers les milliards de notre fortune mobilière. La maladie du million est la maladie du siècle, et pour apaiser cette soif inextinguible, le spéculateur se fait avec complaisance à lui-même le petit raisonnement qui suit:
--La Bourse n'est après tout qu'une question d'appréciation. La hausse et la baisse dépendent des événements auxquels il faut donner leur mesure exacte et leur véritable portée. Mon voisin de droite s'y est noyé; mais ce voisin de droite n'a jamais inventé aucune espèce de poudre, et le pauvre diable ne pouvait manquer de se fourvoyer. Pareille mésaventure est arrivée à mon voisin de gauche; mais ce voisin de gauche est encore un triste sire qui se noierait dans son crachat. Mais moi, n'ai-je pas toujours vu clair dans l'imbroglio de la politique? N'ai-je pas prédit la Révolution de 1848, le coup d'État, la chute de l'Empire? Allons! Allons! Je ne suis pas plus manchot qu'un autre, et puisque le million est là, devant moi, je serais vraiment fou de ne pas tendre la main pour le cueillir!
Le lendemain, ce fier-à-bras qui regarde ses amis comme des crétins, prend les quelques billets de mille francs qu'il a en portefeuille, et il frappe à la porte d'un agent de change ou d'un coulissier.
Allez à la Bourse, mêlez-vous aux groupes, écoutez les discussions à perte de vue qui se croisent comme des feux de file, regardez attentivement la physionomie des interlocuteurs quand ils se séparent, et sur leur figure vous verrez apparaître, en signes infaillibles, cette imperturbable confiance qui fait de chacun d'eux un spéculateur sûr de lui-même, un boursier qui ne se trompe jamais. Chacun jette sur le groupe qui discute un regard superbe et semble dire: Quos ego!
Jactance fanfaronne qui ne profite à aucun d'eux, car le résultat est le même pour tous, et chacun de nos joueurs infaillibles ne tarde pas à sortir de la Bourse comme Candide du salon de Mme de Parolignac. Ils en sont quittes, en se rencontrant plus tard, loin de la Bourse, pour se renvoyer cette exclamation de tous les spéculateurs décavés:--Ah! si nous avions fait l'opération contraire!
Léon Creil.
MONUMENT COMMÉMORATIF ÉLEVÉ DANS
LA COUR DE L'ÉCOLE FORESTIÈRE DE NANCY.
Un monument destiné à rappeler le souvenir des gardes généraux morts sur le champ de bataille pendant la dernière guerre a été inauguré le 27 août dernier, en présence de plus de cent cinquante fonctionnaires du corps forestier venus de divers points de la France pour assister à cette patriotique cérémonie, présidée par M. le directeur général de l'Administration des Forêts.