Le rescrit ordonne en même temps des élections nouvelles et convoque le Reichsrath futur pour le 4 novembre. On sait qu'une loi votée il y a quelque temps a remplacé l'ancien système électoral par celui des élections à deux degrés au lieu de trois. Cette loi sera donc appliquée aujourd'hui pour la première fois. Le parti fédéraliste s'est préparé de longue date à la lutte qu'il va soutenir contre le parti constitutionnel, et de nombreux indices tendent à faire supposer qu'il a de grandes chances pour lui.
ESPAGNE.
La crise ministérielle que les nouvelles d'Espagne faisaient prévoir depuis quelques jours n'a pu être conjurée. M. Salmeron a déclaré aux Cortès qu'en présence du maintien par l'Assemblée de la peine de mort, il croyait devoir donner sa démission. M. Castelar a été élu président du pouvoir exécutif par 133 voix contre 67 données à M. Pi y Margall.
M. Castelar a inauguré son pouvoir par des actes dont la vigueur a produit le meilleur effet, et les Cortès paraissent très-disposées à le seconder dans sa pénible tâche. Elles viennent de voter à l'unanimité l'urgence pour plusieurs mesures extraordinaires proposées par le gouvernement: appel de toute la réserve, amende de 5,000 pesetas contre les réfractaires, emprunt de 100 millions de pesetas (environ 108 millions de francs), et il n'est pas douteux que ces mesures ne soient adoptées. Le nouveau président du pouvoir exécutif peut compter sur l'appui de l'administration qui l'a précédé. M. Salmeron, qu'il remplace et qui n'a quitté ses fonctions que pour un dissentiment sur une question particulière, a accepté la présidence des Cortès qui ont été unanimes sur son élection. On assure, d'autre part, que le maréchal Serrano ne refusera pas le commandement de l'armée, du Nord qui lui est destiné. L'opinion publique est d'ailleurs favorable au gouvernement qui vient de se former, il peut compter sur l'appui de la nation.
COURRIER DE PARIS
Un jour, Lamennais agité par l'esprit prophétique annonçait quinze ans d'avance la révolution de Février. Il disait dans un petit livre éloquent et terrible «Posez la main sur la terre et dites-moi pourquoi elle a tressailli.» Je ne suis pas prophète. Je ne viens pas, Dieu merci! vous prédire une révolution nouvelle; c'est bien assez de celles que nous avons déjà sur les bras. Pourtant j'ai à vous indiquer un grand événement: «Enfin, voici le moment du retour!» comme chante ou à peu près Eléazar dans la Juive, musique d'Halévy.
Septembre touche déjà à la moitié de son cours. Les hirondelles commencent à se faire signe pour l'heure du départ. Tout mue dans le paysage. Sur les bords de la Loire et du Rhône, les pampres s'empourprent d'un rouge sang-de-bœuf. On reprend les pardessus ouatés, en vue des rhumatismes. Ceux qui ont dépassé la soixantaine arborent le cache-nez. Tout académicien ne se couche pas avant d'avoir, pris un lait de poule. On voit les auteurs dramatiques se frotter les mains d'aise, en ce que les recettes de théâtre sont sur le point de doubler. En province et à l'étranger on n'entend plus qu'un chœur: «Rentrons à Paris.»
Ceux ou celles qui font mine de demeurer au pied des monts ou dans le creux d'un roc sont entraînés par l'exemple. Ne voyez-vous pas combien le soleil s'est attiédi? Il est des endroits où l'on ne le prendrait plus que pour un bec de gaz. Il est bien évident qu'on ne vit plus ou plutôt qu'on ne va plus vivre qu'à la ville. Quittez les plages, désertez les casinos. D'ailleurs les prévoyantes mamans sont là pour dire:
--Ah! voilà l'automne qui nous touche déjà de ses ailes humides (vieux style) soir et matin, le ciel est couleur d'ardoise. N'avez-vous pas ressenti le premier frisson de la mi-septembre? Voyez donc, mesdemoiselles, voyez donc! Les petites dentelles des mantilles sont remuées par le vent comme des feuilles jaunies. Partons, rentrons.
Ainsi, à l'heure où je vous parle, sur toutes les lignes de chemin de fer, on ne rencontre que caravanes de revenants. Quatre mois de villégiature ou d'hydrothérapie ont heureusement vermillonné les joues des jeunes femmes. On a fait provision de santé. On s'est écarté pendant cent vingt jours, je devrais dire cent vingt nuits, de l'atmosphère des bals, des soupers, des thés, des concerts, des théâtres, des réceptions, de tout ce qui surmène l'esprit, brûle le sang, rougit les yeux et met des rides invisibles au cœur. On s'est rajeuni. On n'a plus voulu penser. On s'est engraissé. On est presque redevenu jeune. Ce serait une excellente métamorphose si l'on ne devait retomber dans la fournaise d'où l'on s'était échappé en juin, mais on y revient, je vous l'ai dit, et l'on y revient en toute hâte. Ah! ce Paris, toujours maudit, comme on le revoit avec plaisir!