Et il va décrocher une petite toile de quelques centimètres, représentant une scène de la vie de troupier, sujet toujours cher à Horace Vernet.

--Donnez-moi ça, ajouta-t-il. Ça fera mon affaire. Mais vous y ajouterez quelques petites retouches.

--Attendez, répondit le peintre. Voulez-vous me rendre un service à votre tour? Je n'ai personne chez moi et il faut que j'envoie deux mots à un ami qui demeure à côté. Portez-moi la lettre que je vais faire et vous me rapporterez la réponse.

--Volontiers, dit l'autre.

Quelque temps après, en effet, le marchand revint avec la suite du message. Horace Vernet décachette la réponse à sa lettre. Il en retire deux billets de mille francs; puis, les montrant au brocanteur:

--Tenez, lui dit-il, on me donne deux mille francs du tableau dont vous me donniez mille seulement. J'ajoute qu'on ne me demande pas de retouches.

Le marchand sortit furieux.

--Ces artistes! disait-il, du jour où ils ont de la réputation, ils sont intraitables. Qu'il me tombe un jeune talent inconnu et il me paiera ça!

Philibert Audebrand.