Et Wellington ajoutait:

«Ils ressemblent à des gens qui ayant pris un gâteau, veulent à la fois le garder et le manger.»

Le premier soin de Blücher, en entrant à Paris, avait été de frapper une contribution de guerre de cent millions que l'empereur Alexandre avait fait réduire à dix; il voulut faire sauter le pont d'Iéna, fit même une tentative qui ne réussit heureusement pas, et ne s'arrêta que devant cette belle parole de Louis XVIII:

«Dites au général prussien que je vais me rendre sur le pont d'Iéna.»

Après lui, les diplomates et les généraux allemands ne dissimulaient pas leur haine et leurs exigences. Ils voulaient que l'on changeât tous les noms de rues qui leur déplaisaient; ils revendiquaient les tableaux, les statues de nos musées; ils étaient les maîtres, enfin, et ils prétendaient agir suivant leur fantaisie, sans même consulter leurs alliés.

Livrée à ces mains avides, la France eût été perdue sans l'empereur Alexandre et sans le duc de Wellington.

Ce fut de la part de ces deux hommes une lutte incessante contre les prétentions chaque jour renouvelées non-seulement de la Prusse mais encore de tous les petits États allemands, qui ne se montraient pas les moins âpres à la curée.

Une conférence put être enfin réunie, et les plénipotentiaires des diverses puissances furent invités à examiner les réclamations, à discuter les mémoires soumis à la conférence.

De la part de la Prusse, c'était une véritable avalanche; tous les hommes d'État, les généraux, adressaient note sur note; les plus modestes réclamaient l'Alsace, d'autres voulaient la Lorraine. Le chancelier de Hardenberg demandait «l'Alsace et les forteresses des Pays-Bas, de la Meuse, de la Moselle et de la Sarre». Le comte de Munster, ministre du roi de Hanovre, le comte Wentzengerode, ministre de Wurtemberg, M. de Gagern et vingt autres, réduisaient la France à merci.

--Tenez, mon cher duc, disait l'empereur Alexandre au duc de Richelieu, voilà la France telle que mes alliés voulaient la faire, il n'y manque que ma signature, et je vous promets qu'elle manquera toujours.