La volonté de l'empereur Alexandre fut nettement affirmée dans une note de Capo d'Istria: «Ce serait détruire dès son principe la restauration de cette monarchie, que d'obliger le roi à des concessions qui donneraient au peuple français la mesure de la méfiance avec laquelle les puissances européennes envisagent la stabilité de leur propre ouvrage.»

Cette note produisit une profonde irritation en Allemagne: «Les Russes, disait-on, veulent que l'Allemagne demeure vulnérable.»

Pourtant l'Angleterre, la Russie, et en dernier lieu l'Autriche, s'étant ralliées au même projet, la Prusse dut céder. Le langage des plénipotentiaires était tel d'ailleurs, que Gervinus écrivit cette phrase dans son histoire: «L'opinion de lord Claucarty était que ces discussions ne pourraient être terminées que par une guerre avec la Prusse.»

Tous les obstacles paraissaient donc écartés; il en restait cependant un, le choix même du négociateur français.

Talleyrand n'était sympathique à personne, et l'empereur de Russie lui témoignait une froideur marquée. Le diplomate ne se sentant pas soutenu par le roi offrit sa démission, dans l'espoir sans doute de la voir refusée. Elle fut acceptée.

Louis XVIII se tourna alors vers le duc de Richelieu, qui s'était retiré en Russie pendant la guerre et avait été gouverneur d'Odessa. Il ne pouvait être fait un meilleur choix, car l'empereur Alexandre avait une grande estime pour le duc.

--Le roi, disait Talleyrand dépité, a choisi l'homme de France qui connaît le mieux Odessa.

Le 20 novembre, enfin, le traité de Paris fut signé. Après y avoir mis son nom, le duc rentra dans son cabinet et dit à M. de Barante: «Je viens de signer un traité pour lequel je devrais porter ma tête sur l'échafaud.»

Il écrivait en même temps à M. Decaze:

«Tout est consommé; j'ai apposé hier, plus mort que vif, mon nom à ce fatal traité. J'avais juré de ne pas le faire, et je l'avais dit au roi. Ce malheureux prince m'a conjuré, en fondant en larmes, de ne pas l'abandonner, et dès ce moment je n'ai plus hésité.»