Dans cette malheureuse ville de Beaumont, que nous citions déjà plus haut, un convoyeur trouva un moyen plus simple et plus expéditif de s'enrichir. Un jour, il alla réclamer à quelques habitants plusieurs milliers de francs; on le mit à la porte. L'Allemand docile attela sa voiture et partit. Arrivé sur la place il abattit un de ses chevaux d'un coup de pistolet, puis il se rendit auprès le commandant d'étapes pour déclarer que les habitants avaient tiré sur lui. La ville fut sévèrement imposée. A partir de ce jour, on ne refusa plus rien au convoyeur. Sa réputation était bien établie, à vingt lieues à la ronde, il était le maître.
Ce ne sont pas là des faits isolés; c'est l'histoire de nos malheureuses provinces envahies.
Jusqu'au jour de la signature de la paix, elles appartenaient au vainqueur qui les exploitait à merci. Sa volonté était la loi, la seule à laquelle il fallut obéir.
Lorsqu'au mois de mars 1871, la paix fut enfin définitivement signée, la situation s'améliora. Les autorités françaises réclamant chaque jour, protestant contre ces pillages, ces violences et ces vols, l'état-major allemand mit un terme aux exactions. D'abord, toute cette populace venue d'Allemagne comme à la curée, ne tint pas compte des ordres, mais quelques exécutions ayant eu lieu, elle comprit que l'heure du pillage était passée; elle disparut, emportant avec elle le fruit de son honnête travail.
A partir de ce moment, l'occupation changea de caractère. La discipline allemande, un moment oubliée, reprit ses droits; dans son implacable sévérité, elle confondit souvent l'habitant et le soldat, adoptant des mesures arbitraires, rigoureuses. Mais du moins on n'eut plus à craindre pour sa propriété ou pour sa vie.
Il faut le dire d'ailleurs, car il convient de rendre justice même à ses ennemis, le commandement prussien s'efforça souvent de rendre moins lourd le poids de l'occupation. En 1815, la France avait dû à Wellington quelque peu de répit, le général de Manteuffel remplit en 1871 un rôle analogue.
REVUE FINANCIÈRE
LE CRÉDIT FONCIER SUISSE.
Les Prussiens sont payés et partis. Notre crédit est intact. La Banque de France a, dans ses caves, 700 millions de numéraire. Nos exportations dépasseront, cette année, de plus de 300 millions les exportations de l'année dernière. La rente 5 p. 100 reste fermement au-dessus de 92 fr. N'est-ce pas là une situation rassurante?
Nous pouvons donc nous attendre à une énergique reprise des affaires, et nous trouvons un signe incontestable de la vitalité financière qui reste acquise à notre marché dans les émissions qui mettent déjà en ébullition le monde de la finance et des affaires.