Théâtre du Vaudeville.
Aline, drame en un acte et en vers, de MM. Hennequin et Silvestre.--La Chambre jaune, comédie en un acte, de M. de la Rounat.
Quand j'aurai dit qu'Aline, jouée au Vaudeville, contient de beaux vers, de très-beaux vers, je crois que j'aurai rendu compte du drame de MM. Hennequin et Silvestre. Il me semble que les auteurs, gens de talent, n'ont eu en vue qu'une seule scène, dans laquelle résonnent leurs vers d'une facture très-solide et très-nerveuse. Aussi a-t-elle une grande chaleur et un grand mouvement. On ne l'a pas assez applaudie à mon avis. La faute en est au drame trop serré et trop douloureux, et surtout à ce personnage de Vincent, ce républicain ambitieux et à l'âme basse, qui a recherché Aline dans une noble maison, pour en faire sa femme, en se donnant ainsi une fortune et des aïeux et qui, les événements changeant, demande contre elle le divorce pour affirmer son civisme et s'assurer les bonnes grâces de la Convention. C'est trop! il est impossible dès lors de surmonter le dégoût que fait naître un tel caractère. Sa mort volontaire ne peut même le racheter, et un tel personnage nuit singulièrement à la pièce. Ce rôle d'Aline, que l'actrice dit un peu trop bas, est joué avec un grand sentiment et une expression des plus justes et des plus dramatiques, par Mlle Bartet, qui est une comédienne de grande valeur.
Quant à la Chambre bleue, vous vous rappelez sous ce titre, une nouvelle de Mérimée, un des chefs-d'œuvre de ce maître conteur, si sobre, si puissant dans sa sobriété. Que de pièces le livre chez Mérimée n'a-t-il pas donné au théâtre. Cette fois encore, un homme d'esprit et de talent s'est approprié les quelques pages du romancier et en a fait une comédie excellente, à laquelle le public a fait le plus grand succès. Toute cette histoire, un peu risquée, mais si merveilleusement sauvée d'un amour caché dans une chambre d'auberge, est reprise à la scène.
Avec ce voisinage tapageur d'officiers d'un régiment recevant leurs camarades qui les remplacent en garnison, avec ce bruit de verres et ces fanfares, ce meurtre d'un Anglais qu'une cloison sépare de la fameuse chambre bleue et qui trouble le bonheur rêvé, par ce fantôme du gendarme et du juge d'instruction, l'aurore venue recherchant les coupables, tout cela nous a été donné avec un grand tact, une grande habileté, et la salle a fait fête à l'auteur du conte et à l'homme d'esprit qui le traduisait au théâtre. Mlle Antoine et Saint-Germain ont été des plus applaudis, et c'était justice.
M. Savigny.
L'ÉVACUATION.--Le dernier bataillon allemand passant la frontière.
ESPAGNE.--La place du marché de la Lonja de Seda, à Valence.