Il y a soixante petites pages de ces Phrases courtes. Gavarni eût souri, satisfait, à plus d'une.
Le Faust de Goëthe, traduction nouvelle de M. H. Bacharach. Préface de M. Alexandre Dumas fils.--Une nouvelle traduction de Faust, après Gérard de Nerval, Blage de Bary et la grande traduction Hachette? Pourquoi pas? On a toujours quelque chose à gagner à fréquenter les gens de génie. Cette fois d'ailleurs nous avons un Faust traduit littéralement par un allemand francisé et de Germain devenu Gaulois. M. H. Bacharach fut, au temps jadis, le professeur d'allemand de M. Alexandre Dumas fils, et c'est pourquoi l'auteur de la Femme de Claude a écrit, pour son ancien maître, une préface qui fera grand tapage au delà du Rhin, mais qui intéressera beaucoup moins,--j'en ai peur pour nous,--les esprits français. M. Dumas fils s'attache, dans cet alerte travail, non pas à démolir Goëthe, comme on dit, mais à le juger et son jugement est assez sévère. Je lui reprocherai d'avoir surtout examiné Goëthe au simple point de vue de l'art du dramaturge et du romancier. Il y a bien autre chose dans Goëthe, il y a le savant, le philosophe, l'étonnant remueur d'idées qui, dans ses entretiens, crible de vérités nouvelles, ce brave Eckermann tout étonné de tant de choses et tout empressé à les jeter sur le papier. M. Dumas fils, dans sa remarquable préface, reproche à Goëthe d'avoir été égoïste. On le savait. Mais combien d'égoïste ont vécu qui n'ont écrit ni Faust, ni Hermann et Dorothée?
M. Bacharach a jugé bon de ne traduire que le premier Faust. C'est dommage. Le préjugé vaut que le second Faust soit absolument inexplicable et nébuleux. La vérité est qu'il est, comme pensée, comme tendances, bien supérieur au premier. Mais nous vivons, depuis trente ans, sur ce cliché que le second Faust est incompréhensible. Il serait temps cependant de renoncer aux idées toutes faites.
Contes d'Hamilton, publiés avec une notice de M. de Lescure (librairie des Bibliophiles).--M. Jouaust nous a déjà donné, dans la jolie collection qu'il appelle les Petits chefs-d'œuvre, des œuvres bien diverses: le Voyage autour de ma chambre, Turcaret, Vert-Vert, la Servitude volontaire, de la Boétie. Il publie aujourd'hui les Contes d'Hamilton, et M. de Lescure a écrit, en tête, une notice sur cet Écossais, plus Français que des Français, qui a composé les Mémoires de Grammont et conté le Belier et Fleur d'Épine.
On lira avec un agrément infini ce dernier conte, qui vient de paraître, et que suivrait Zénezde et les Quatre Facardins. Ce genre oriental est fini depuis longtemps; mais ce qui est toujours durable, c'est la verve et l'esprit, cet élégant esprit du temps passé que possédait Hamilton et que j'aurais presque envie d'appeler, pour bien rendre ma pensée, l'esprit en verrouil.
Maisonnette, par M. Antoine Campaux (1 vol. in-18. Librairie des bibliophiles).--«En face des tristesses et des angoisses de l'heure présente, je me suis souvent plu à faire un beau rêve: ce serait, à l'aide d'une oeuvre d'imagination qui transporterait le lecteur dans quelque fraîche et sereine région, de convier à une trêve de quelques instants les nobles esprits qui, dans les camps les plus opposés, se disputent, à armes courtoises, le gouvernement des intelligences avec celui de la société.»
C'est ainsi que, dès sa préface, M. Campaux explique pourquoi il a composé le poème rustique qu'il nous envoie. L'entreprise est louable, le but est touchant. Certes nous en avons besoin, de ces œuvres apaisées et, si je puis dire, berçantes comme le murmure d'un clair ruisseau! Il faut des oasis à la pensée, des bois pleins d'ombre, des foyers pleins de paix. Et c'est justement à un de ces foyers rustiques et calmes que nous fait asseoir M. Antoine Campaux. Ce lettré, qui explique Virgile, a choisi dans les Vosges un coin «entre tous souriant», où il s'est reposé en compagnie de livres et de paysans. Le Journal de Marc-Antoine est une halte en pleine vérité. M. Campaux envoie ses contemporains «à l'école des champs», et il a raison. Son poème, très-simple et très-touchant, écrit en vers qui visent moins à l'orfèvrerie qu'à l'harmonie et à la pensée, est tout à fait consolant et sain. On y respire comme l'odeur résineuse des sapins. De jolis paysages encadrent des acteurs sympathiques, et j'ai souvent songé, en lisant Maisonnette, à une maison forestière, entrevue le lendemain de Forbach, dans une forêt lorraine, toute paisible, avec un chien couché sur le pas de la porte et des pigeons voletant sur le toit,--tandis que l'air du ciel était encore ébranlé des canonnades de la veille!
Le suffrage universel et la République, par M. S. Vainberg (1 vol. in-18. Ernest Leroux).--M. Vainberg est docteur en droit et avocat à la cour de Paris. C'est donc quelque chose comme une consultation politique qu'il nous donne ici. Son travail a pour but la défense du suffrage universel et de la République. Il ne pouvait venir à un meilleur moment. La République et le suffrage universel semblent également menacés, et on ne reprochera pas à M. Vainberg de plaider certaines causes à l'heure de leur triomphe. M. Vainberg prouve, en homme érudit et en dialecticien habile, que le suffrage universel est la République et que toute atteinte au premier est une restriction de la seconde. Cette proposition, qui ne sera pas du goût de tout le monde, a du moins le mérite de la vérité. M. Vainberg conclut ainsi: «La République seule représente l'ordre et la liberté, car elle fournit les moyens pacifiques pour introduire toutes les modifications nécessaires dans notre vie sociale et politique. Maintenons-la donc, respectons-la, et les Révolutions deviendront impossibles.» Cette doctrine est, en effet, celle du parti républicain, qui a compris, je pense, qu'il ne doit plus être un parti d'opposition, mais prouver qu'il peut être un parti de gouvernement. M. Vainberg l'a bien senti et bien indiqué.
Jules Claretie.