NUKA-HIVA.--La rivière de Thehetchagor.
Le caractère des Nuka-Hiviens est un peu celui des petits enfants; ils sont capricieux, fantasques, boudeurs tout à coup sans motif. Le sentiment contemplatif est extraordinairement développé chez eux; ils sont sensibles aux aspects gais ou tristes de la nature, accessibles à toutes les rêveries de l'imagination.
La solitude des forêts, les ténèbres, les épouvantent, et ils les peuplent sans cesse de fantômes et d'esprits.
Les bains nocturnes sont en honneur à Taïohaé; au clair de lune des bandes de jeunes filles s'en vont, dans les bois, se plonger dans des bassins naturels d'une délicieuse fraîcheur. C'est alors que ce simple mot: Toupapahou! jeté au milieu des baigneuses, les met en fuite comme des folles.
Toupapahou est le nom de ces fantômes tatoués qui sont la terreur de tous les Polynésiens. Mot effrayant en lui-même, et intraduisible...
On trouve encore entre les mains des indigènes plusieurs images de leur ancien dieu.
Ce dieu est un personnage à figure hideuse, semblable à un jeune embryon humain.
La reine a quatre de ces horreurs sculptées sur le manche de son éventail.
On n'entend aucun chant d'oiseaux dans les bois de Nuka-Hiva; les oreilles des Kanaques ignorent cette musique naïve qui, dans d'autres climats, remplit les bois de gaieté et de vie. Sous cette ombre épaisse, dans les lianes et les grandes fougères, rien ne vole, rien ne bouge; c'est toujours ce même silence étrange qui semble s'être communiqué à l'imagination mélancolique des naturels.