Les cases sont peu nombreuses dans la capitale, et passablement disséminées le long de l'avenue ombragée qui suit les contours de la plage.

Derrière cette route charmante, mais unique, quelques sentiers boisés conduisent à la montagne; l'intérieur de l'île, cependant, est tellement enchevêtré de forêts et de rochers, que rarement on va voir ce qui s'y passe,--et les communications entre les différentes baies se font par mer, dans les embarcations des indigènes.

C'est dans la montagne que sont perchés les vieux cimetières kanaques, objet d'effroi pour les Indiens, et résidence des terribles Toupapahous...

Il y a peu de passants dans la rue de Taïohaé; les agitations incessantes de notre existence européenne sont tout à fait inconnues à Nuka-Hiva. Les indigènes passent une partie du jour accroupis devant leurs cases, dans une immobilité de sphinx.

NUKA-HIVA.--Le chef de la baie de Thehetchagor.

Les années s'écoulent pour eux dans une oisiveté complète et une rêvasserie perpétuelle,--et ces grands enfants ne se doutent pas que dans notre belle France, tant de pauvres gens s'épuisent à gagner le pain du jour. Les forêts de Nuka-Hiva produisent d'elles-mêmes tout ce qu'il faut pour nourrir toutes ces créatures insouciantes; le fruit de l'arbre à pain et les bananes sauvages croissent pour tout le monde et suffisent à chacun.

Si de temps à autre, quelques Kanaques s'en vont encore pêcher par gourmandise, la plupart préfèrent ne pas se donner cette peine.

La popoï, un de leurs mets raffinés, est un barbare mélange de fruits, de poissons et de crabes fermentés en terre. Le fumet de cet aliment est inqualifiable.

L'anthropophagie, qui règne encore dans une île voisine, Hivaoa (ou la Dominique), est oubliée à Nuka-Hiva depuis plusieurs années. Les efforts des missionnaires ont amené cette heureuse modification des coutumes nationales; à tout autre point de vue cependant, le christianisme superficiel des indigènes est resté sans action sur leur manière de vivre, et la dissolution de leurs mœurs dépasse toute idée.