On retrouvera, entre autres morceaux intéressants, le beau tableau de M. Morot, qui vient de remporter le grand prix de peinture, et dont l'Illustration donne aujourd'hui une reproduction; nous croyons aussi pouvoir signaler à l'avance, en nous reportant aux souvenirs que nous a laissés l'exposition de la villa Médici, l'envoi de M. Blanchard Hylas et les Nymphes, celui de M. Toudouze, Eros et Aphrodite, et de M. Merson, une curieuse esquisse peinte, Saint François et le loup d'Aggubbio; parmi les sculpteurs, le groupe de M. Noël, Roméo et Juliette, la Tentation d'Ève, de M. Allais, un bas-relief de M. Marqueste, Jacob et l'Ange, et enfin le magnifique groupe de M. Mercié, reproduit ci-contre, intitulé Gloria victis, œuvre patriotique, digne de la réputation et des succès de l'auteur du David.

L'évasion

Ils avaient été faits prisonniers à Sedan.

La capitulation du 2 septembre leur avait ouvert les portes de cet enfer anticipé, la presqu'île d'Iges, où les avait parqués un impitoyable ennemi. Là, comme leurs nombreux compagnons d'infortune, ils avaient supporté la faim, la soif, le froid, toutes les misères, à peine vêtus, couchant dans la boue, la pluie sur le dos, dévorés par la fièvre.

Des tortures non moins grandes les attendaient en Allemagne.

Enfermés dans une forteresse des bords du Rhin, peu nourris, déguenillés, logés dans d'immondes casemates, accablés des pires traitements, ils n'eurent bientôt plus qu'une pensée: s'évader. S'évader ou mourir. Mais que leur importait! La mort, ne la voyaient-ils pas chaque jour approcher d'un pas lent mais sûr? Mieux encore valait-il la braver, immédiate, foudroyante. C'était au moins une chance de lui échapper. Ils risquèrent l'évasion. Par la ville, il n'y fallait pas songer; trop bonne garde était faite de ce côté. Mais le fleuve était là, baignant de ses flots le pied moussu de leur prison. Ayant longtemps mûri leur projet, ils croyaient avoir pris toutes leurs précautions. Furent-ils trahis, ou la fortune les abandonna-t-elle à la dernière minute? Qui pourrait le dire? Ce qu'il y a de certain c'est qu'au moment où, suspendus dans le vide au bout d'une corde, ils allaient atteindre le fleuve, une barque apparut, montée par des soldats, ils étaient découverts; étaient-ils perdus? C'était vraisemblable. Toutefois, ils n'hésitèrent pas. Ils lâchèrent la corde et le fleuve les engloutit. Ils espéraient encore pouvoir se dissimuler, gagner furtivement la terre et s'échapper. Un d'eux y réussit, et, à travers mille dangers, parvint à rentrer en France. L'autre fut pris, malgré ses efforts, et, dans un précédent numéro, nous avons dit sa fin.

Fusillé, il le fut, et bien d'autres après lui, pour le même crime. Autant de Français de moins, quelle joie pour nos féroces vainqueurs! Aussi, par le fer ou par la faim, que de prisonniers ils firent périr! C'est par dizaines de mille qu'on les compte, tant il est vrai que, même après la victoire, les Prussiens, comme l'a dit M. Delaunay, continuèrent à combattre et à détruire des hommes désarmés, vaincus, dignes de respect, si quelque chose eût pu inspirer le respect aux bandits qui, à la face du monde civilisé, en profanant le nom de Dieu, avaient prémédité et tentèrent d'accomplir l'assassinat d'une nation généreuse, jadis leur ennemie loyale et chevaleresque, naguère leur bienfaitrice, la patronne de leurs lettrés, de leurs artistes, de leurs trafiquants.

L. C.

Nuka-Hiva

Taïohaé occupe le centre d'une baie profonde, encaissée dans de hautes et abruptes montagnes aux formes capricieusement tourmentées; une épaisse verdure est jetée sur tout ce pays comme un manteau splendide; c'est dans toute l'île un même fouillis d'arbres, d'essences utiles ou précieuses; et des milliers de cocotiers, haut perchés sur leurs tiges flexibles, balancent perpétuellement leurs têtes au-dessus de ces forêts.