Elle comprend, comme d'habitude, de l'orfèvrerie simplement argentée et dorée, de l'orfèvrerie de luxe, des émaux cloisonnés, des bronzes incrustés d'or et d'argent, de la galvanoplastie massive et en ronde-bosse de toute grandeur, enfin des objets d'art divers.
Nous n'avons pas à insister ici sur l'importance d'un établissement célèbre dans les deux mondes. Tout le monde sait que MM. Christofle et Cie emploient plus de quatorze cents ouvriers, en faveur de qui ils ont créé des institutions modèles; que le chiffre de leurs affaires s'élève à plus de 10 millions par an; que Charles Christofle a importé en France les procédés de dorure et d'argenture électro-chimiques et a été ainsi le créateur de l'orfèvrerie galvanique; qu'il a obtenu la grande médaille d'honneur à l'exposition universelle de 1855 et la croix d'officier de la légion d'honneur à la suite de celle de 1862; enfin que M. Paul Christofle, son fils, et M. Henri Douillet, son gendre, s'inspirant de ses traditions, ont enrichi le pays de nouveaux progrès et en quelque sorte d'industries nouvelles.
Ce qu'il importe surtout de dire, et nous regrettons vivement de ne pouvoir le faire qu'en peu de mots, c'est que, tout en tenant le premier rang dans l'orfèvrerie de grand luxe, ils sont aussi les premiers pour l'orfèvrerie à bon marché, qu'ils ont popularisée; il y a plus, celle-ci a bénéficié de leur goût pour le grand art, et la moindre pièce sortie de chez eux est aussi remarquable de style qu'un chef-d'œuvre de dix mille francs.
En ce qui concerne leurs émaux cloisonnés et leurs incrustations sur bronze, il est d'un intérêt essentiel de remarquer qu'ils n'ont pas voulu imiter les procédés des Chinois et des Japonais, mais seulement faire aussi bien qu'eux en employant les moyens que la science moderne met à leur disposition. C'est ainsi qu'au lieu de marteler l'arabesque d'argent dans le bronze, il l'y ont introduite à l'aide de la galvanoplastie. Et c'est ainsi que leurs bronzes incrustés ressemblent heureusement à ceux des Japonais, tout en gardant un caractère propre, un certain air de nationalité: y est le sentiment décoratif oriental allié au style français.
Nous étudierons prochainement en particulier quelques-unes des pièces de cette exposition, qui, à en juger par les comptes rendus de la presse anglaise, a causé à nos voisins une émotion profonde, les a fait trembler de nouveau pour le sort de leur orfèvrerie, et leur a fait pousser un véritable cri d'alarme.
F. A.
Correspondance d'Espagne
Tortosa, 27 septembre 1873.
Je suis contrarié que ma lettre de la fin d'août ne vous soit pas parvenue; mais en ce temps de chemins de fer coupés et de bandes de partisans sillonnant la montagne, il n'y a pas lieu d'en être beaucoup surpris.
Cette lettre contenait un croquis de l'affaire de Tortella, qui a eu deux phases distinctes et complètement différentes. Dans la première, les carlistes ont remporté un facile triomphe, qu'ils ont payé dans la seconde par une déroute complète. A tout hasard, je reconstitue mon croquis, et je vous l'envoie. Ce sera, si vous l'utilisez, de l'histoire rétrospective, et elle a bien son intérêt.