Tortella est un village de Catalogne, situé dans la province de Gerona.
Mon croquis vous le peindra mieux que ne le saurait faire ma plume. Il faut connaître la montagne et l'avoir parcourue pour s'imaginer quelque chose de semblable. Figurez-vous des maisons accrochées et comme suspendues en l'air, et, pour les mettre en communication, des chemins coupés d'escaliers, ressemblant à des échelles; au milieu de tout cela, une petite église au clocher pointu, se détachant gris sur la roche grise, voilà le tableau, tel est Tortella, que Tristany, à la tête de quinze cents carlistes et de trois canons, cernait et attaquait avec fureur le 22 août. Non que la place eut la moindre importance; c'était simple affaire de réquisition, en passant. Il faut bien vivre.
Les habitants, comme ceux de tous les villages de la montagne, se sentant à la merci des bandes qui battent le pays, auraient volontiers cédé; mais il se trouvait en ce moment à Tortella quelques volontaires républicains qui ne le leur permirent pas. De là la colère des carlistes, qui se mirent aussitôt à canonner ce malheureux village, dont un certain nombre de maisons ne tardèrent pas à prendre feu. Ils l'enlevèrent naturellement, mais tous leurs efforts vinrent se briser devant la résistance des volontaires, qui avaient fait de l'église une citadelle et avaient couvert ses abords de barricades.
Mieux encore, ils avaient trouvé moyen d'envoyer, avant l'attaque, un des leurs prévenir à Figueras de ce qui se passait à Tortella. Leur courageuse résistance était donc soutenue par l'espérance d'un prompt secours. Et, en effet, ils furent secourus. Au moment où les carlistes, maîtres du village, s'y attendaient le moins et faisaient main basse sur tout ce qui était à leur convenance, le colonel Udueta, parti de Figueras avec trois colonnes, survint, les cerna, les surprit et leur fit subir une complète déroute. Affolés, ils s'éparpillèrent comme ils purent, et s'enfuirent dans la direction de San Lorenzo de la Maga, bourg situé au milieu de montagnes formidables. Ils avaient perdu 200 hommes, tant tués que blessés, et Tristany comptait au nombre de ces derniers. La perte des républicains s'est élevée à 61 hommes, dont 11 morts.
Je vous disais que Tristany a été blessé. Le bruit court ici qu'il a quitté l'armée carliste, ainsi que Muret, et qu'un caprice de don Carlos a privé Saballs de son commandement. Je ne sais ce qu'il y a de vrai dans ces racontars; ce qu'il y a de certain, c'est que depuis l'affaire de Tolosa, un certain désarroi semble exister dans le camp carliste. L'arrivée du général Moriones à Tolosa et le ravitaillement de Berga, à la suite du combat heureux de Gironella, a dû y mettre le comble. Est-ce le commencement de la fin?
X...
ÉVÉNEMENTS D'ESPAGNE.--Entrée des Carlistes à Tortella.