Un pareil état de choses est-il tolérable? Pourquoi donc le marché à terme, qui est l'âme du commerce dans le monde entier, ne serait-il pas admis à la Bourse? Pourquoi donc la rente qui est le titre de l'État, qui donne la mesure du crédit public, serait-elle réservée au rôle indigne des spéculations immorales?

Il n'y a pas deux poids et deux mesures. A la Bourse, comme ailleurs, acheter et vendre, soit au comptant, soit à terme, sont deux actes légaux, sérieux, indéniables, parfaitement déterminés et qui doivent produire pour la rente les mêmes effets que pour toute autre propriété. Le droit commun, voilà la règle, et en dehors d'elle, il n'y a point d'autre solution.

Le marché à terme a été la plaie de la Bourse, il faut que cette plaie disparaisse; il a causé de graves désordres, il faut que l'ordre les fasse oublier; il a souffert de l'ambiguïté de la loi, il faut que la loi, dépouillée de ses ambages, lui rende l'estime, la faveur et la confiance du publie.

Une loi est donc nécessaire, et cette loi que nous invoquons est facile à faire. Une phrase peut la résumer tout entière, et cette phrase la voici:

«La loi reconnaît, sans aucune distinction, toutes les opérations faites à la Bourse.» Cette solution est la seule pratique, la seule juste, la seule vraie, la seule conforme aux principes du droit et aux progrès des temps. Le marché au comptant est le marché des peuples primitifs, le marché à terme est le marché des peuples civilisés qui font plus d'affaires par le crédit que par les capitaux.

Devant un texte aussi précis, la fraude n'aura plus rien à tenter, et la suspicion ne troublera pas de ses nuages malsains les opérations à ternie. La loi étant précise, les actes deviendront également précis. Tout ordre donné sera un engagement ferme. Chacun saura à quoi il s'engage, et quand le spéculateur saura qu'à chacune de ses opérations, il suspend sa fortune, son honneur et le repos de sa famille, il fera de mûres réflexions avant d'engager inconsidérément, dans une vente ou dans un achat, ce qu'il a de plus précieux au monde!

BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE

Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'Orient, par M. Emile Isambert. Première partie, Grèce et Turquie d'Europe, 2e édition. Paris, Hachette, 1873.--Si le principal mérite d'un livre doit être de satisfaire pleinement aux besoins et aux goûts de ceux auxquels il est destiné, on peut dire, sans s'exposer à aucune contradiction, que l'ouvrage composé par M. Emile Isambert est, sous tous les points, excellent. Celui qui voyagera en Grèce et dans la Turquie d'Europe, ayant à la main ce guide fidèle, verra sans aucun doute, beaucoup plus de choses que s'il marchait à l'aventure, et surtout il les verra mieux.

La première partie de cet itinéraire de l'Orient embrasse la Grèce et la Turquie d'Europe. Elle est naturellement divisée en deux sections précédées, l'une et l'autre, d'un abrégé substantiel où sont résumées la géographie et les conditions climatériques des diverses localités, les évolutions historiques des Grecs anciens et modernes, l'invasion des Turcs, la situation réelle qu'ils ont en Orient, leur religion, leurs usages, le caractère de leur architecture, etc. les notions préliminaires, indispensables à ceux qui ne sont pas très-familiers avec le monde oriental, seront utiles aux érudits eux-mêmes qui rencontreront là, condensé en quelques pages, ce qu'il faudrait chercher parmi plus de cent volumes.

Faisons d'abord observer que la Grèce proprement dite et la Turquie d'Europe ont une physionomie différente et ne produisent pas le même genre d'impression. Le voyage de Grèce est surtout archéologique. L'homme y joue le premier rôle, on en voit la grandeur et la faiblesse dans ce peuple qui a élevé de si belles œuvres aujourd'hui en ruines. C'est presque exclusivement le passé qui nous attire lorsque l'on se rend en Grèce, et le présent humble ou misérable fait encore ressortir davantage quelle devait être l'élévation de ce qui n'est plus.