Si peu qu'il soit, c'est votre bien.

Amis, je vous en fais hommage

Et mets à la première page

Votre nom à côté du mien.

Ces vers intimes, sincères, profondément sentis, manquent de variété sans doute. Le devoir universitaire est un peu uniforme. Pourtant M. Froment a su dégager une poésie vraie et souvent touchante de sa pensée et de ses occupations quotidiennes.

Le Roman de l'histoire, par M. Jules d'Argis (1 vol., Société des gens de lettres).--C'est un gros volume compact où le roman et l'histoire, comme le promet le titre, s'entremêlent. On y trouve de tout un peu, comme dans les œuvres complètes; des nouvelles, des chroniques, des voyages et de la critique. Les Fiançailles de mademoiselle de Bourgogne, le Dernier sourire de Charles II et François 1er à Madrid, sont des chapitres intéressants. A propos du premier Empire, de M. Thiers et de M. Lanfrey, M. Jules d'Argis a trouvé le moyen de dire des choses intéressantes et nouvelles. C'est ce qu'il voulait, lorsqu'il donnait à son livre cette épigraphe tirée de Buffon:

«L'art de dire de petites choses devient peut-être plus difficile que l'art d'en dire de grandes.»

La Ligue d'Alsace, première série, 1871-1872 (1 vol. in-18).--«Depuis la conquête prussienne, une puissante société secrète, la Ligue d'Alsace, s'est fondée en Alsace-Lorraine et y imprime une feuille clandestine, qu'elle fait largement distribuer par ses adhérents avec la complicité unanime du pays. «Cette feuille, qui s'imprime on ne sait où, qui est glissée sous les portes on ne sait par qui, est petite, typographiée sur deux colonnes, en français d'un côté, en allemand de l'autre. Jamais la police prussienne n'a pu saisir les distributeurs de ces patriotiques feuilles volantes. L'éditeur Lemerre a eu l'idée de publier les numéros de cette gazette clandestine parus depuis le 1er mars 1871 jusqu'au 1er janvier 1872. C'est la chronique même des efforts de l'Alsace-Lorraine, de ses protestations et de ses luttes contre les conquérants. La Ligue d'Alsace stimule le patriotisme, flétrit les désertions, ravive les souvenirs de la patrie. Cette sorte de charbonnerie organisée, riche, intrépide, tient en échec l'empire d'Allemagne et ne regarde point comme accomplie l'œuvre de M. de Bismarck. Elle a ses presses, ses armées de distributeurs et de contrebandiers, ses dépôts, ses réunions régulières, et la police allemande sent autour d'elle l'influence de cette Ligue insaisissable.

Tout le monde, tout ce qui est français, voudra connaître les numéros de la Ligue d'Alsace ainsi réunis en volume. Le livre se vend au profil de l'œuvre d'Alsace-Lorraine. Ce n'est pas une œuvre de littérature, c'est mieux que cela, c'est une œuvre de combat et de patriotisme.

Le Travail, base de la synthèse de l'histoire, par Auguste Deschamps (1 broc. in-18).--«Le travail, c'est la vie», a dit Mirabeau. M. Auguste Deschamps, l'auteur d'une biographie estimée, Eugène Cavaignac, et de l'Histoire de la chute du second Empire, a développé cette parole de Mirabeau dans une conférence faite à l'hôtel de ville de Melun, au mois d'avril dernier, et qu'il réunit aujourd'hui en brochure. Ce travail est fort savant et animé d'une noble idée. M. Deschamps ne voit de progrès possible que par le travail. «Ce progrès, dit-il, c'est le travail, toujours le travail qui le produira, le travail pratiqué par tous, respecté et honoré de tous.» On ne saurait mieux dire. Toute la brochure est animée de ce même esprit sage et libre.