Jules Claretie.
REVUE FINANCIÈRE
LE NOUVEL EMPRUNT OTTOMAN
La Bourse a commencé le mois en pleine hausse, et le 5 p. 100 se cote triomphalement au-dessus de 93 fr. 50 c., après avoir franchi un instant le cours de 94 fr. Les sociétés financières ont beaucoup de capitaux disponibles, et tout démontre que notre épargne nationale ne demande qu'à entreprendre une grande et fructueuse campagne d'affaires.
Le nouvel Emprunt ottoman que vient d'émettre le Crédit mobilier se présente donc aux souscripteurs dans les meilleures conditions possibles. A cet égard, on a tant médit chez nous de la Turquie et de l'homme malade, qu'il importe, au point de vue de l'exactitude des faits, de redresser les préjugés et les faux calculs qui se glissent injustement dans l'opinion.
Il suffît d'ailleurs de rappeler le résultat des emprunts antérieurs pour éclairer les capitalistes sur ce qu'on doit attendre de l'émission nouvelle. Si nous nous demandons ce qu'ont produit les emprunts antérieurs de la Turquie, nous resterons convaincus que l'Empire ottoman, la France et les souscripteurs n'ont eu qu'à s'en féliciter.
Pour la Turquie,--comment ne pas s'apercevoir que, depuis vingt ans que la Turquie a commencé ses emprunts, le revenu de la Sublime-Porte a presque triplé, et il est encore aujourd'hui en pleine marche ascendante. Ces emprunts ont donc été une semence qui a surabondamment fructifié, et la Turquie, nous devons le dire, n'a fait que toucher encore aux immenses richesses qu'elle veut aujourd'hui mettre en valeur.
Pour la France,--on peut dire, sans doute, qu'elle a beaucoup perdu dans les valeurs étrangères; mais il n'est que juste de reconnaître que l'Empire ottoman ne lui a rien fait perdre, et ses placements en Turquie sont au nombre de ceux qui ont facilité, dans ces deux dernières années, le paiement de l'indemnité de guerre. C'est en vendant ses valeurs étrangères que la France a pu conserver une bonne partie de son numéraire.
Pour le public,--la Turquie est un des pays qui ont compensé pour notre épargne les pertes qu'elle a subies. Les valeurs turques rapportent 10 p. 100, et les Obligations que le Crédit mobilier vient d'émettre rapporteront, en comptant toutes leurs bonifications, 12 p. 100. C'est là, on le comprendra, un motif suffisant pour expliquer l'empressement des souscripteurs.
Léon Creil.