Les cortès se sont prorogées le 20 septembre jusqu'au 2 janvier prochain, laissant le chef du pouvoir exécutif, M. Emilio Castelar, investi d'une dictature sans limites.

Les efforts du gouvernement, qui semble entretenir l'espoir d'une reddition volontaire des insurgés de Carthagène, se concentrent principalement sur le renforcement des différents corps d'armée tenus en échec par les carlistes dans les provinces septentrionales. Déjà le général Moriones a pris le commandement provisoire de l'armée du Nord, dont le commandant définitif doit être, dit-on, le maréchal Serrano; le général Turon est allé se mettre à la tête des troupes de la Catalogne.

Bilbao est toujours cerné par les carlistes, qui, par contre, auraient abandonné l'attaque de Tolosa pour se replier dans les montagnes de la Navarre, à l'approche des renforts amenés par le général Moriones.

Les insurgés de Carthagène ont mis à exécution la menace dont l'intervention des amiraux étrangers avait jusqu'à présent fait retarder l'accomplissement; il ont bombardé Alicante, sous les yeux même des navires anglais, français et allemands, présents dans les eaux du port. Le 27 septembre au matin, les frégates insurgées Mendez-Nunez et Numancia ouvraient le feu sur le fort en ruines qui domine une partie de la ville et sur les fortifications qu'on avait élevées à la hâte. Les frégates portaient le drapeau rouge. Le Fernando-el-Catolica, qui les avait accompagnées d'abord, était allé faire à Villajoyosa, au nord d'Alicante, une expédition semblable à celle de las Aguilas; le Tetuan n'avait pu sortir de Carthagène, sa machine ayant refusé le service.

Le feu des frégates, mal dirigé, ne causa que peu de dommages; il y fut vigoureusement répondu par l'artillerie républicaine, commandée par ses anciens officiers. Près de cinq cents projectiles ont été lancés; plusieurs édifices, entre autres le palais du gouverneur civil, ont été atteints; onze personnes ont été tuées. A une heure, après une tentative pour s'approcher du quai, tentative que la batterie établie sur ce point arrêta, les frégates se retiraient, non sans avoir reçu des avaries notables, l'une d'elles à la remorque de l'autre.

ITALIE

L'anniversaire du plébiscite qui a consacré la chute du pouvoir temporel du pape, a été célébré jeudi 4 octobre, à Rome, au milieu de la joie «générale», avec force transparents représentant le roi Victor-Emmanuel, l'empereur Guillaume et l'empereur François-Joseph les mains entrelacées, force vivats en l'honneur de l'Autriche, mais surtout de la Prusse, et plusieurs douzaines d'orchestres faisant retentir les places publiques de l'air national prussien.

M. Minghetti paraît désireux de hâter le plus possible la convocation du Parlement. La nouvelle a été donnée que, dans un récent conseil des ministres, le gouvernement aurait décidé de clore la session actuelle de la Chambre et de fixer aux premiers jours de novembre l'ouverture du prochain Parlement. On dément aujourd'hui, à Rome, le bruit que le ministère ait l'intention de présenter un projet d'appendice à la loi sur les garanties pour régler les rapports de l'Église avec l'État.

Toutefois on maintient que M. Vigliani, étudie en ce moment un projet de loi qui, tout en respectant la liberté du clergé, marquerait le point où cette liberté se changerait en licence et se transformerait en délit commun.

Courrier de Paris