LE GÉNÉRAL POURCET

Le général Pourcet, commissaire spécial du gouvernement près le conseil de guerre appelé à juger le maréchal Bazaine, porte gaillardement ses soixante automnes. La moustache et les cheveux sont blancs, mais bien fournis et bien plantés; la chevelure est fine et soyeuse, la moustache et la mouche coupées court, selon l'ordonnance. Les traits du visage sont d'une grande ténuité, seul le front a un certain développement; la bouche, le nez, les yeux vifs et noirs sont petits. Le teint indique que le général a été brun; sa taille est un peu au-dessous de la moyenne des officiers; mais avec sa tournure droite et élancée, le général n'en a pas moins fort bon air en uniforme. Dans sa jeunesse, avec sa figure fine et distinguée, il a dû passer pour fort joli garçon.

Au repos, l'aspect du général Pourcet est toujours charmant; mais quand son esprit est tendu et qu'il darde les yeux sur le maréchal Bazaine afin de saisir au passage ses impressions en même temps qu'il écoute ses paroles, ses traits prennent une sévérité, une dureté qui ne nous rassurent que médiocrement sur l'attitude du ministère public, qui ne s'est encore manifesté que par quelques monosyllabes, de même du reste que la défense.

Le général est entré à Saint-Cyr en 1832; deux ans après il passait à l'école d'état-major, et nommé lieutenant au commencement de 1835, il ne tardait pas à partir pour l'Afrique, où il allait faire un séjour de près de trente ans.

Le général Changarnier, qui l'avait distingué pendant ses expéditions, le prit pour aide-de-camp en 1841, pour ne se séparer de lui qu'en 1850, époque à laquelle le général Régnault d'Angely osa renverser l'idole des Parisiens.

Pourcet retourna aussitôt en Afrique, où il remplit pendant plusieurs années les fonctions de chef d'état-major de la division d'Oran, sous un chef exigeant et difficile, le terrible Pélissier. Le subordonné n'ayant pas un caractère beaucoup plus souple que le supérieur, nous croyons savoir que leurs rapports laissèrent à désirer et que les torts n'étaient pas du côté du colonel Pourcet.

Nommé général de brigade, Pourcet fut désigné pour l'emploi de chef d'état-major du grand commandement de Toulouse. Son avancement, très-rapide au début, s'était singulièrement ralenti; chef d'escadron en 1848, il ne devenait divisionnaire qu'en 1869, malgré ses beaux services de guerre, son zèle et son instruction pourtant très-appréciés. Il avait eu les bénéfices des aides-de-camp d'un général en vue; il en connut les inconvénients, toujours nombreux et souvent graves dans les pays qui changent souvent de gouvernement et où les influences sont comme les branches d'une girouette. Pourcet ne voulant pas, comme tant d'autres, devenir un indicateur des vents, resta fidèle au souvenir de son vieux général, et marqua invariablement le nord, signe de froid.

La guerre le trouva général de division du 24 février 1869 et commandant de la province d'Alger. Maintenu dans la colonie au début de la campagne, il évita ainsi d'être pris à Sedan ou à Metz. En octobre, M. Gambetta le rappela en France pour lui confier un commandement digne de son incontestable valeur militaire, celui du 16e corps d'armée alors en voie de formation derrière la Loire.

Avec ses habitudes de sévère discipline et de commandement sans réplique, le commandant du 16e corps ne put supporter les nombreux actes d'indiscipline qui se commettaient dans ces amas de recrues auxquelles manquaient les soins matériels et la direction morale, faute de temps et de cadres.

Lorsque M. Gambetta, à la suite de la capitulation de Metz, fit sa célèbre proclamation, le général Pourcet manifesta son indignation en termes éloquents. Un de ses meilleurs divisionnaires, le général Barry, le surpassa encore par la véhémence de son langage.