Le général en chef d'Aurelles raconte, dans son Histoire de l'armée de la Loire, la scène émouvante qui eut lieu, le 1er novembre, à Marchenoir, lors de la réunion des officiers généraux, commandants de régiments, les membres de l'intendance et les chefs des divers services du 16° corps. «Au fond du cœur; dit le général d'Aurelles, je partageai l'indignation de mes officiers; mais, comme général en chef, j'avais des devoirs à remplir, et je m'efforçai de faire entendre des paroles d'apaisement.»

Très-peu de jours après, le général Pourcet envoyait sa démission, qui était acceptée. Cependant, cinq semaines plus tard, touché des malheurs de la France, il accepta le commandement du 25e corps, en voie de formation dans le Cher, et destiné à couvrir le grand vide qui allait s'élargissant entre les armées de Bourbaki et de Chanzy. En quelques jours, le nouveau commandant en chef sut faire preuve de coup d'œil et d'audace dans l'exécution.

Décidé à gêner les communications des Prussiens, il dirigea sa première division, Bruat, sur Nevers, et se porta avec la seconde dans une direction tout opposée, vers Blois, par Romorantin. Ce mouvement fut exécuté avec un mystère et une célérité bien rares chez nous à cette époque, et le 29 janvier il refoulait brusquement les avant-postes prussiens en avant du faubourg de Vienne, sur la rive gauche de la Loire. Chassé de leurs embuscades et maisons crénelées, l'ennemi se rejeta en désordre dans Blois, abandonnant à Pourcet une centaine de prisonniers, désarmés et des munitions. Pour arrêter la poursuite, ils brûlèrent le tablier provisoire en bois établi par eux sur l'arche du pont, détruite lors de la retraite de Chanzy sur le Mans.

C'est sur ce beau fait d'armes que l'armistice arrêta le général Pourcet. A la paix, il fut appelé au commandement de la 12e division militaire à Toulouse, et nous ne serions pas étonné de le voir appelé à remplacer prochainement le doyen de nos commandants de corps d'armée, après l'accomplissement de la tâche difficile qui lui a été confiée dans le procès du maréchal Bazaine.

A. Wachter.

HISTOIRE DE LA SEMAINE

FRANCE

L'événement de la semaine a été la quadruple élection du 12 octobre. Il faut le reconnaître le succès des candidatures républicaines a été écrasant.

En effet, dans la Loire, M. Reymond a été élu par 59,886 voix contre 24,588 données à son concurrent, M. Faure-Belon. Dans la Nièvre, la différence en faveur de M. Turigny a été de 11,617 voix. Dans les élections du 27 avril dernier, où les mêmes candidats s'étaient déjà trouvés en présence, l'écart n'avait été que de 1,150. L'Assemblée avait cru devoir alors annuler l'élection de M. Turigny et mettre le suffrage universel en demeure de faire connaître avec plus d'éclat ses préférences: le suffrage universel a répondu. Dans le Puy-de-Dôme, où le parti monarchique n'avait point tenté d'opposer une candidature à celle de M. Girot-Pouzol, celui-ci a été élu par 79,825 voix. Enfin, dans la Haute-Garonne, où le parti monarchique avait produit la candidature de M. Niel, et paraissait nourrir quelque espérance de succès, M. de Rémusat l'a emporté de 39,577 voix.

Ne semble-t-il pas que l'on doive conclure de ce quadruple échec infligé par les électeurs aux candidats du parti monarchique que le pays, partout où il est appelé à faire connaître ses désirs, se prononce pour la république, et que c'est encore sa parole qui seule peut trancher la grave question de la forme du gouvernement? Cependant les journaux de la fusion y trouvent des raisons impérieuses de conclure dans un sens tout différent et de marcher avec plus de résolution que jamais dans la voie où tente d'entraîner la France la majorité du 24 mai. Le Français parle de la nécessité de ne pas prolonger d'un seul jour les retards qui ont fait battre son parti aux élections du 12 octobre. De même la Patrie «appelle l'attention des promoteurs de la restauration monarchique sur les inconvénients qu'offrent la prolongation de l'incertitude touchant les conditions de cette restauration».