Pour l'Univers, c'est «la révolution qui a triomphé partout», et il conclut: «Pour arrêter le radicalisme il faut la monarchie». Et l'Union: «Voyez et jugez, parti conservateur, écrit-elle; voyez où est l'opinion en France, jugez s'il est temps d'y apporter remède.» Le Journal de Paris conclut également au rétablissement de plus en plus indispensable d'une monarchie: «L'heure des résolutions viriles va sonner, dit-il. Il s'agit du salut même de la patrie. En vérité, si vous ne rétablissez pas la monarchie par le légitime souci de rejeter la révolution hors du gouvernement; si, après avoir rétabli la monarchie, vous ne vous pourvoyez point d'une loi municipale qui permette à l'autorité de gouverner, six mois ne se passeront pas avant que l'on n'acclame le général qui réprimera l'audace des nouvelles couches sociales, comme Tarquin le Superbe faisait des pavots de son jardin.» Enfin, car il faut en finir, toutes semblables sont les conclusions de l'Assemblée nationale: «Les élections du 12 octobre, écrit cette feuille, sont le suprême avertissement qui nous est donné. La logique des faits est marquée d'avance: c'est la monarchie immédiate, quelles qu'en soient les conditions; ou bien c'est, avec des étapes qui paraissent devoir être rapidement parcourues, retomber en Thiers, et de Thiers en Gambetta, et de Gambetta en Turigny, et de celui-ci en Pyat, Vermesch et Gaillard.»
Nous ne saurions voir, quant à nous, les choses sous une couleur si foncée, et il nous semble qu'entre le drapeau blanc et le drapeau rouge, il y a encore une place pour le drapeau tricolore. Au fond, ce qui est en cause ici, comme le fait remarquer le Journal des Débats, ce n'est plus la république, c'est le suffrage universel. Après le 24 mai, on se faisait fort de ramener le pays le plus facilement du monde et de dompter le suffrage universel en le «moralisant». L'expérience a prouvé qu'il y avait beaucoup de présomption dans cet engagement. Le ministère du 24 mai n'a rien ramené, et chaque jour le suffrage universel témoigne qu'on avait trop compté sur sa docilité. En présence de cette déconvenue, il serait téméraire d'espérer qu'un changement dans la forme du gouvernement serait plus efficace pour modifier les tendances bien connues de l'esprit national. Veut-on modifier ces tendances par la force? Qu'on le tente. Il nous semble toutefois qu'au lieu de montrer le poing à son temps avant de lui tourner le dos, il serait plus sage de s'accommoder avec lui, afin de tirer de ses nécessités, au profit des intérêts sociaux, tout le parti et le meilleur parti possible.
En attendant, tandis que le comité Changarnier délibère dans l'ombre et le mystère, les députés fusionnistes continuent leurs tentatives auprès de M. le comte de Chambord. Un membre du cercle des Réservoirs est parti ces jours derniers pour Salzbourg, où se trouve en ce moment le prétendant, auprès duquel il déploie les plus grands efforts pour l'amener à certaines concessions capables de grouper la majorité de l'Assemblée en un seul faisceau. A-t-il réussi? je ne sais. D'après les bruits qui courent, M. le comte de Chambord se montrerait disposé à céder sur le drapeau, mais en insistant sur son droit supérieur et inhérent, et sur la nécessité pour la France de le reconnaître avant tout. Quoi qu'il en soit, nous ne tarderons pas à être renseignés et édifiés à cet égard, et il est probable que la réponse de M. le comte de Chambord sera connue quand paraîtront ces lignes.
Le procès du maréchal Bazaine poursuit son cours à Trianon. Après le rapport du général Rivière, M. le président du conseil de guerre a ordonné, usant de son pouvoir discrétionnaire, la lecture d'un mémoire justificatif de l'accusé, qui n'est que la reproduction de celui que le maréchal avait lui-même publié antérieurement à son arrestation. Puis on a passé à l'interrogatoire. Avant d'y procéder, M. le président a fait connaître aux juges, au parquet, à la défense et au maréchal Bazaine les divisions qu'il se proposait d'introduire dans cet interrogatoire et qui doivent être reproduites dans l'audition des témoins.
Ces divisions sont au nombre de neuf. Les voici:
1° Prise de possession du commandement;
2° Opérations militaires depuis le 13 jusqu'au 19 août;
3º Communications avec l'empereur, le gouvernement, le maréchal de Mac-Mahon et divers;
4° Opérations du 19 août au 1er septembre 1870;
5º Défense et approvisionnement de la place de Metz;