En 1866, il fut envoyé à Marseille par le ministère de l'agriculture et du commerce pour diriger une mission chargée d'examiner les graines de vers à soie données par le Taïkoun à l'empereur des Français, affaire de haute importance en présence de l'épidémie qui, depuis vingt ans, ravage nos magnaneries. Il fit, à cette époque, un voyage scientifique en Suisse et en Italie, qui attira l'attention. En 1867, il fut nommé membre de la commission scientifique de l'exposition universelle pour l'ethnographie.

En 1868, un décret impérial ayant transformé la chaire d'arabe de M. Sylvestre de Sacy à l'École spéciale des langues orientales en chaire de japonais, M. de Rosny y fut nommé le premier titulaire, juste récompense qui consacrait définitivement la haute place que ce jeune professeur avait conquise dans le monde orientaliste.

Le cours d'ethnographie de la race jaune qu'il ouvrit au Collège de France en 1869, réunit un nombreux public. Enfin, la grande œuvre de l'organisation et de la conduite du premier congrès international des Orientalistes est venue confirmer la réputation de M. Léon de Rosny comme savant et comme organisateur progressif.

M. Léon de Rosny est l'auteur d'un grand nombre d'ouvrages techniques sur l'extrême Orient et de vocabulaires japonais, chinois, coréen et aïno, qui tous ont été remarqués par leur haute valeur. On en trouve le détail dans le Dictionnaire des contemporains, de G. Vapereau, arrêté à 1869. Les limites de cette notice ne nous permettent pas de les mentionner ici, mais nous dirons que depuis dix ans, de Rosny s'occupe d'une histoire de la race jaune, grand ouvrage qui résumera ses immenses travaux et formera quatre forts volumes in-8°.

Bon Textor de Ravisi.

BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE

Le fond de la société sous la Commune, par M. Dauban (1 vol. in-8º, E. Plon et Cie).--Le bruit avait couru un moment que ce volume,--un des plus intéressants qu'on ait publié sur les événements et les hommes de la Commune,--avait été saisi chez les libraires. On se demandait pourquoi? Était-ce parce que M. Dauban avait décrit l'état de la société parisienne d'après les documents qui constituent les archives de la justice militaire? Mais il avait été légalement autorisé à les consulter. Était-ce parce qu'il avait mis en tête de son livre le fac-similé d'un dessin publié en Allemagne, en septembre 1870, huit mois avant les incendies de la Commune, et où l'artiste allemand avait prophétisé quelques-uns des tragiques événements qui allaient suivre? «Gefallen, Gefallen ist Babylon die stolze!» «Tombée, tombée, la Babylone orgueilleuse!» s'écriait insolemment le Germain au bas de ce dessin, d'ailleurs assez médiocre, mais extrêmement curieux. Était-ce plutôt parce que M. Dauban, dans la conclusion de son livre, demandait à la fois justice pour la Commune (qu'il condamne) et justice pour tous, puis s'écriait: «On s'étonne que les ministres qui ont pris, vis-à-vis du pays, la première, la plus grave des responsabilités, celle de la déclaration de guerre et des malheurs qui l'ont suivie, puissent venir se promener, le front serein, au milieu de ceux auxquels leurs fautes ont imposé un deuil éternel, et qu'on n'ait même pas le droit de les interroger!»

M. Dauban, dont on connaît les idées modérées, ajoute en effet que la paix sociale, cette paix tant souhaitée par un pays plein de passions souterraines et menaçantes, n'a pas de meilleure base que l'égalité des droits. Il eut donc fallu juger à la fois tous les coupables et, avant tout, les coupables de la première heure. Cette conclusion avait peut-être effarouché bien des gens, mais elle était si juste qu'on n'a pas cru devoir plus longtemps retenir un livre plein de faits, de renseignements, de pièces authentiques et indispensables à tous ceux qui veulent se rendre compte de la dernière crise civile traversée par notre pays.

La Sève, poésies par M. Albert Pinard (1 vol. in-18).--De l'élan, de la fièvre, d'une largeur d'idées unie à un sentiment intime, de la grâce, beaucoup de foi et de verdeur, voilà ce qui distingue ce livre, qui porte un titre jeune et hardi, la Sève. Il y a de la sève en effet, et beaucoup, dans les vers de M. Pinard, et on y sent un amour vrai de l'humanité et de la justice.

Mémoires d'un journaliste, par M. de Villemessant (1 vol. in-18, Dentu).--C'est la seconde série d'un ouvrage piquant écrit sous forme de causerie et qui nous initie, chemin faisant, à la vie privée de quelques gens célèbres. L'auteur parle fort peu de lui-même dans ce volume et beaucoup des autres, de ceux qu'il appelle «les hommes de mon temps». Ceux-là sont ce spirituel Auguste Villemot, le bon bourgeois de Paris, mort au moment où Paris assiégé semblait rayé du reste de la carte, Félix Solar, que je n'ai connu que par sa catastrophe, Nestor Roqueplan, le paradoxe fait homme et l'esprit incarné, mais l'esprit tendu, avec un torticolis élégant. Quand je pense que Nestor Roqueplan, ce sceptique, avait signé avec M. Thiers la protestation des journalistes en 1830. «Il nous faut des noms, il nous faut des têtes», avait dit M. Thiers en tendant le papier, Roqueplan avait donné son nom et risqué sa tête. Deux portraits bien différents, celui d'Alexandre Dumas et celui du comte de Chambord, complètent ce volume qu'on lit avec plaisir, sans fatigue, comme on écoute un bon conteur.