En attendant cette heure tant désirée du rajeunissement de la planète, où l'on entendra hennir l'hippo-lion, plus agile que la licorne de Zoroastre, descendons pour cinq cents ans encore sur l'indigent petit tas de boue où nous nous agitons sans cesse les uns les autres comme des vers coupés. On a beaucoup chassé cette semaine, notamment chez M. Olympe Aguado. On s'est remis à courir au bois de Boulogne. Le prince Milan Obrenowitch, souverain de la Serbie, était de toutes les fêtes. Une bonne et heureuse pensée; cet étranger de distinction n'a pas voulu quitter Paris sans emporter son portrait photographié par Nadar.

Nadar a quitté le boulevard des Capucines pour la rue d'Anjou; c'est dire qu'il n'a pas cessé d'être le photographe par excellence. Comme le roi Léopold de Belgique, comme le shah de Perse, le prince régnant de Serbie dont je vous parlais tout à l'heure s'est dit: «--Allons chez Nadar», et en sortant, un jour, de la chapelle expiatoire du boulevard Haussmann, il est entré dans les grands ateliers photographiques de ce quartier, les mêmes qui sont devenus une des curiosités de Paris pour tous les étrangers de distinction.--Nadar, à l'aide de ses nouveaux procédés, a fait alors un de ces portraits qu'il fait toujours si bien.

À propos de nouvelles théâtrales, un mot en passant.

On avait prétendu que Jules Noriac faisait une pièce nouvelle sous ce titre: le Peuple souverain. L'auteur de la Timbale s'est empressé avec raison de dire qu'il n'en était rien: «Il est possible, écrit-il, que je fasse une opérette nouvelle, mais, pour sûr, elle ne portera pas le titre qu'on a dit. Je trouve que le peuple est trop peuple pour que je le flatte et pas assez souverain pour que je me moque de lui.»

SIR EDWIN LANDSEER.

--Comment trouvez-vous ces quatre lignes là?--A ce propos, qu'on me permette une indiscrétion touchant leur auteur. Jules Noriac compose effectivement une opérette nouvelle; celle-là, j'en suis sûr, a pour titre: la Branche cassée.

Un jeune compositeur d'un très-bel avenir fait la musique de cet ouvrage. Celui-là n'est autre que M. Gaston Serpette, qui est quelque chose comme un grand prix de Rome. Il faut ajouter que ce jeune maître, emporté par la violence d'une irrésistible vocation, a tout sacrifié à la musique. Dès son enfance, on l'a chapitré, mais en vain, afin de l'éloigner de l'art de cultiver les croches et les doubles croches. Les siens l'ont maudit, son père, un vénérable millionnaire, l'a presque déshérité et ne lui fait, à cause de ce fait, qu'une modique pension de deux cents francs par mois. N'importe, M. Gaston Serpette a tenu bon. Il s'est dit: «Je suis musicien et je ne serai jamais autre chose.» C'est là un bon préjugé en faveur de la Branche cassée.--Voilà ce que Paris entier constatera très-prochainement.

Nous sommes plus que jamais en temps de chasse, il n'y a pas le moindre doute là-dessus, n'est-ce pas.