Philibert Audebrand.
PARIS.--Le Nouveau Théâtre de la Porte-Saint-Martin.
NOS GRAVURES
L'astronome Donati
L'année dernière, à pareille époque, j'assistais à l'inauguration du nouvel observatoire de Florence, établi sur la colline d'Arcetri par les soins de Donati. C'était une fête tout intellectuelle, qui se passait sur la colline même où Galilée a vécu si longtemps, et d'où il a répandu sur le monde la lumière de l'astronomie régénérée. Mais par un de ces douloureux caprices du destin, le fondateur de ce nouvel établissement scientifique devait précisément manquer à la fête. La veille même de l'inauguration, je venais de le quitter sain et sauf au palais Pitti, lorsqu'en descendant l'escalier du musée il fit un faux pas et se brisa la jambe! L'inauguration se passa sans lui, et après la cérémonie nous lui portâmes à signer le parchemin, revêtu de la signature de tous les astronomes présents, italiens et étrangers, qui devait être enterré dans les fondations du nouvel édifice. Du moins espérait-il que, délivré des conséquences de cet accident, il pourrait installer lui-même son nouvel observatoire dans les conditions tracées par lui-même, et le munir principalement des instruments nécessaires à l'astronomie physique, dont les rapides progrès resteront la gloire de notre siècle. Hélas! la mort vient de le surprendre, presque subitement, et de l'enlever à l'âge de quarante-sept ans, dans la force de l'âge.
L'ASTRONOME DONATI.
Désigné par son gouvernement pour représenter l'Italie au congrès des météorologistes de toutes les nations, qui s'est réuni à Vienne le 1er septembre, c'est dans cette ville qu'il prit les premiers germes du mal terrible qui devait l'emporter. Parti souffrant, lorsque le congrès eût terminé ses séances, il négligea de se soigner, fit en trente-six heures le trajet de Vienne à Florence, pour laisser moins longtemps sans chef l'observatoire d'Arcetri, et le surlendemain de son retour, il était enlevé à l'affection et à l'estime de ses concitoyens par le choléra.
Donati est surtout connu dans le monde par la comète qui porte son nom, par la grande comète de 1858, que toute l'Europe a admirée, et qui conservera dans les annales de l'astronomie le nom du patient observateur qui l'a découverte. Mais sa place restera marquée dans l'histoire des sciences par les progrès qu'il a su imprimer aux différentes branches de l'astronomie auxquelles il s'adonnait avec une prédilection toute particulière. L'analyse spectrale lui a dû une féconde impulsion. On sait que cette nouvelle branche de la science nous fait connaître la constitution chimique du soleil et des étoiles par l'examen de leur lumière: C'est par elle que nous avons su que l'astre du jour est entouré d'une atmosphère ardente dans le sein de laquelle brûlent les vapeurs métalliques du fer, du magnésium, du sodium, de l'hydrogène, etc., que telles étoiles offrent en prédominance le spectre de l'azote, d'autres celui du carbone, et que nous avons pu classer les astres du ciel par ordre de structure et de composition chimique, comme des échantillons de minéralogie. Or, dès 1860, Donati publiait dans le Nuovo Cimento, ses premiers travaux sur les raies des spectres stellaires. Il est donc un des premiers qui ait appliqué la spectroscopie aux questions célestes. Aussi, lorsque se fonda, en 1871, la célèbre Société des spectroscopistes italiens, il en fut dès le début un des membres les plus éminents, et le spectroscope à vingt-cinq prismes qu'il avait imaginé, et qui se trouve en ce moment à l'Exposition de Vienne, est un appareil très-remarquable. Cette Société des spectroscopistes fait le plus grand honneur à l'Italie, et, sous la direction du savant professeur Tacchini de Palerme, elle publie les plus curieux travaux qu'on ait jamais faits sur le soleil.