Voici le relevé des votes de M. Lucien Brun.

Il a voté pour: la paix, la pétition des évêques, le pouvoir constituant de l'Assemblée, la réduction du service militaire à trois ans, la loi contre la municipalité lyonnaise, le renversement de M. Thiers et sa démission, la circulaire Pascal, le bill de confiance au gouvernement du 21 mai, la loi Ernoul et l'église Montmartre. Il a voté contre: le retour à Paris, la dissolution et la liberté des enterrements civils.

S'il est inutile d'ajouter que M. Lucien Brun a été de tous les pèlerinages, il ne sera peut-être pas mal à propos de rappeler cette parole qu'il prononçait à la tribune de l'Assemblée nationale, moins d'un an avant son voyage d'Allemagne: «Personne ici ne songe à fonder une dynastie.» On le voit bien.

Toutefois, il semble que M. Lucien Brun, quelque bien armé qu'il fût, n'ait pas su, seul, mener à bonne fin le travail d'Hercule, puisque nous le voyons, par un télégramme du 13 octobre, appeler M. Chesnelong à la rescousse.

M. Chesnelong, lui, n'a pas débuté dans la carrière avec l'année terrible. Il a des antécédents politiques. Cet honorable négociant, âgé de cinquante-trois ans, plus clérical si c'est possible que M. Lucien Brun, a été député de l'empire de 1866 à 1870. Les électeurs du département des Basses-Pyrénées l'ont envoyé siéger neuvième à Versailles, le 7 janvier 1872 seulement, par 40,668 suffrages. De ce moment il s'est voué corps et âme à l'œuvre de la fusion qui, c'est le bruit du jour, grâce à son intervention, vient d'aboutir.

M. Chesnelong n'a eu qu'à paraître pour tout obtenir: garanties constitutionnelles, libertés civiles, politiques, religieuses, drapeau tricolore, tout enfin. C'est du moins M. Hervé qui le dit. La note de la réunion des bureaux le dit également, avec cette toute petite restriction, cette simple parenthèse: «L'initiative royale restant d'ailleurs intacte.» Il est vrai que l'Union, combattant l'un et commentant l'autre, dit de son côté: «Le roy ne peut faire aucune concession parce qu'il est le roy.» Et plus loin: «Le droit monarchique est l'accord du roy et du pays, du roy qui règne et gouverne, et du pays qui exprime librement ses vœux.»

Mais si l'Union dit vrai, et elle doit dire vrai, j'en atteste la parenthèse de la note des bureaux, il y aurait alors beaucoup à rabattre des triomphes remportés à Salzbourg par MM. Chesnelong et Lucien Brun. Aller à la montagne est un piètre miracle qui ne me semble pas propre à faire beaucoup de prosélytes. Et je m'engage, moi qui ne suis pas un foudre d'éloquence, à toujours terrasser, mon adversaire, quand pour le vaincre il ne s'agira que de lui dire: «Ah! vous n'en voulez pas démordre, très-bien; alors je sais ce qu'il me reste à faire: je cède.»

En définitive si, ce qui n'est pas encore certain, l'œuvre de la fusion aboutit, il en aura été des garanties réclamées par le centre droit comme de la femme marine de l'île de Cabalure, dont parle Lucien. Au moment où il croit la saisir, elle disparaît et se change en eau. La résistance du centre droit s'en sera allée en eau de boudin.

Louis Clodion.

Correspondance d'Espagne