Ma lèvre avide mord ta mamelle d'airain!
Ravaillac et ses complices, par M. Jules Loiseleur. (1 vol. in-18. Didier.)--M. Jules Loiseleur continue à étudier de près les problèmes les plus obscurs et les plus curieux de notre histoire. Il publiait naguère dans le Temps les recherches les plus érudites sur les Complices de la Saint-Barthélemy, et nous retrouverons sans doute avant peu ces feuilletons en volume. Le Ravaillac, serré de si près par M. Loiseleur, est un morceau au moins égal aux précédentes œuvres de cet infatigable chercheur. Le meurtre de Henri IV, le mobile de l'assassin, la recherche des complices dans une telle affaire, M. Loiseleur a dramatisé et élucidé tout cela avec une patience et une sûreté de coup d'œil vraiment fort remarquables. Le dernier mot de cette étude particulière est que Ravaillac, l'incarnation du fanatisme aveugle et féroce, ne fit que réaliser ce que de puissants meneurs allaient oser pour le triomphe de leurs intérêts et la satisfaction de leurs rancunes. L'évasion de Marie de Médicis, fuyant le château de Blois, la mort mystérieuse de Gabrielle d'Estrée, le rôle joué par Mazarin et la politique française dans la révolution de Naples, où figura Masaniello (1647).
Ces trois chapitres si intéressants de l'histoire du XVIIe siècle complètent le volume de M. Loiseleur, un des plus attachants qu'il ait publiés. Ce n'est pas là de l'histoire doctrinaire, ennuyeuse, académique, c'est (dans un excellent langage) une histoire précise, colorée, tenant des Mémoires et du roman, amusante comme l'imagination et tout à ta fois sévère comme la vérité. On ne saurait, je crois, adresser à un historien une plus complète louange.
Rimes françaises d'une Alsacienne, par Mme Amélie Ernst. (1 vol. in-32. Sandoz et Fischbacher.)--On sait avec quel art Mme Amélie Ernst lit, traduit, sertit, si je puis dire, les vers, les œuvres des autres. Elle récite en poète les poésies d'autrui. Lorsqu'elle traduit, on sent qu'elle a su créer. Ces Rimes sont datées du mois d'août 1872, «du jour de mon option pour la France», dit Mme Ernst. Elles sont l'hommage filial d'une Alsacienne à la patrie. L'auteur affirme qu'elle obéit, en les publiant, à un devoir patriotique, «ne fût-ce, dit-elle, que pour exciter des voix plus puissantes et plus poétiques que la mienne à crier avec moi: Alsace et Lorraine!»
Je suis heureux de rendre justice à ce livre qui émeut et qu'un noble et même sentiment anime d'un bout à l'autre. L'œuvre d'art est à la hauteur de l'œuvre de patriotisme. Mme Amélie Ernst a trouvé dans son cœur des accents pénétrants pour sa chère Alsace:
Ah! s'ils prennent un peuple, ils n'en prennent point l'âme,
Elle échappe à leur rapt, à leur viol infâme,
Ils font des prisonniers et non des citoyens!
A l'ambulance étaient de bons Alsaciens
Qui parlaient avec moi la langue d'Allemagne,