Nous n'avons pas la prétention de discuter les théories du général sur une question qu'il a particulièrement approfondie, pas plus que nous ne serions, par exemple, en mesure de critiquer ses savantes études sur la langue des Berbères. Nous pouvons bien dire cependant qu'il est peu de travaux purement scientifiques qui nous aient paru aussi clairs, aussi accessibles à tous, que ce Mémoire sur les Dolmens. Ces pierres druidiques qui nous paraissaient si mystérieuses, les voilà étudiées de près, interrogées et, si je puis dire, devinées. M. le général Faidherbe est un esprit net, ne se payant point de mots, allant au but et on retrouve dans ces pages où l'écrivain a horreur de la phrase, le tacticien habile et le mathématicien remarquable. Je sais peu de lectures aussi attachantes et aussi profitables. Le soldat de Pont-Novelles mériterait, depuis longtemps, d'occuper un siège à l'Institut.
Poèmes et fantaisies, par M. Gustave Vinot. (1 vol. Librairie des Bibliophiles.)--Le nom de M. Gustave Vinot n'est déjà plus celui d'un inconnu. La critique, et je parle de la plus sérieuse, l'a salué, à son début, avec une estime particulière. Sainte-Beuve, s'il eût vécu, eût, sans nul doute souhaité la bienvenue au débutant. M. Vinot est un vrai poète. Le poème de Claudine, qui ouvre son volume, est surtout remarquable sous le rapport de la langue, vraiment superbe. Il y a comme des échos de Musset, du Musset mélancolique et profond, dans les accents vraiment émus, parfois déchirants, de M. G. Vinot. Et ce n'est pas vainement que je rappelle ici Musset. L'Espoir en l'homme, de M. Vinot, a été conçu, disait-on, en manière de réponse au poète désolé.
Bien peu de poètes ont à leur service un instrument aussi harmonieux et aussi vibrant que celui de M. Vinot, je parle de son style large et musical. On lira certainement ce volume, qui est d'un artiste, mais surtout d'un inspiré, et je n'en puis rien citer que ces derniers vers d'une invocation à Paris. On jugera par eux du volume tout entier:
O ville, la splendeur de ces grands noms m'écrase,
Noms accrus chaque jour de notre abjection,
Et devant eux, pliant les genoux, en extase,
J'oublie et tes laideurs et ta corruption.
J'oublie, et du profond de mon cœur je m'élève
Jusqu'au ciel du génie étoilé, souverain,
Et pour y boire aussi la chaude et forte sève,