HISTOIRE DE LA SEMAINE

FRANCE

La monarchie est faite!--C'est par ces mots, imprimés en gros caractères en tête de ses colonnes, que, dès vendredi dernier, le Figaro annonçait le résultat des pourparlers engagés à Salzbourg, entre le comte de Chambord et les deux nouveaux délégués de la droite, MM. Chesnelong et Lucien Brun. Et à l'appui de cette affirmation, le Figaro donnait comme positifs les bruits qui avaient commencé à se répandre depuis la veille à ce sujet: Henri V acceptait le drapeau tricolore; il laissait l'Assemblée maîtresse de régler à son gré les conditions de la Restauration. À vrai dire, ces nouvelles étaient prématurées, ou du moins elles étaient données sous une forme trop catégorique; c'est du moins ce que s'efforcèrent, dès le soir même, d'établir les journaux légitimistes qui, tout en reconnaissant la réalité de l'accord survenu entre les groupes monarchiques et le roi, déclaraient en même temps, avec insistance, que ce dernier n'avait eu à faire aucune concession, qu'il restait ce qu'il avait toujours été, et qu'à l'égard du drapeau, notamment, son initiative demeurait intacte. Malgré ces réserves un peu ambiguës, il n'en restait pas moins acquis que la solution monarchique était arrivée à son terme, et le Journal des Débats lui-même, assez hésitant jusque-là, se rangeait à son tour au nombre des nouveaux convertis. Quoiqu'il en soit, on en était toujours réduit aux conjectures et aux on-dit sur les conditions précises à présenter à l'Assemblée; la réunion de la droite et du centre droit, tenue jeudi à Versailles, et où M. Chesnelong est venu rendre compte lui-même de sa mission, a mis un terme à ces incertitudes, et nous croyons devoir emprunter au texte même du compte rendu de cette importante réunion, les éclaircissements que le public, attendait avec impatience.

C'est M. le duc d'Audiffret-Pasquier, président du centre droit, qui a fait part aux députés appartenant à cette fraction parlementaire de la proposition à soumettre à l'Assemblée à sa rentrée.

Cette résolution se compose de plusieurs articles. L'Assemblée nationale déclarerait que la monarchie nationale héréditaire et constitutionnelle est le gouvernement de la France et appellerait au trône le comte de Chambord, et après lui les princes de la maison de Bourbon, ses héritiers.

Toutes les garanties qui constituent le droit public actuel des Français seraient en même temps déclarées maintenues: l'égalité de tous les citoyens devant la loi, l'admissibilité à tous les emplois civils et militaires, la liberté religieuse, l'égale protection actuellement accordée à tous les cultes, le vote annuel de l'impôt par les représentants du pays.

Le gouvernement du roi présenterait en outre à l'Assemblée des lois constitutionnelles ayant pour but l'organisation des grands pouvoirs publics et l'exercice de la responsabilité ministérielle. Telles sont, ajoute M. le président, les déclarations qui accompagneraient le rétablissement de la monarchie héréditaire et qui formeraient le contrat entre le roi et la nation.

Enfin, le drapeau tricolore est maintenu; il ne pourra y être apporté de modifications que par l'accord du roi et de la représentation nationale.

Les délégués du centre droit ont dû insister sur ce point. Il n'était pas possible de laisser planer l'incertitude sur la couleur du drapeau. Cette grave question se trouve en même temps élevée à la hauteur d'une question législative. Le roi conserve à cet égard son initiative, comme sur toutes les autres questions. Mais aucune modification ne peut être apportée au drapeau tricolore que par son accord avec les représentants du pays.

M. le président ajoute en terminant qu'à ses yeux l'hésitation n'est plus possible; que l'expérience de la république conservatrice a échoué et que le parti conservateur offre au pays la monarchie constitutionnelle, avant à sa tête la maison de France réconciliée. Quant à lui, il ne doute pas de la victoire.