PANORAMA DE LA JOURNÉE DE SPICKEREN

6 août 1870

Pendant la journée du 6 août 1870, les corps Frossard et Bazaine occupaient le triangle montagneux dont la base entre Saint-Avold et Sarreguemines mesure un peu plus de six lieues; de Saint-Avold à Spickeren, sommet du triangle, il y a cinq lieues; de Sarreguemines à Spickeren, la distance est d'un peu plus de quatre lieues. On verra que ces distances ont leur importance.

L'intérieur du triangle comprend une série de mamelons découverts, à pentes douces et couronnés de plateaux d'une altitude moyenne de 120 mètres au-dessus du fond de la vallée. Les côtés du triangle par lesquels se sont présentés les Prussiens sont constitués par des pentes boisées assez raides, et qui tombent, à l'ouest, sur la grande route de Metz à Sarrebruck, par Saint-Avold et Forbach, à l'est, sur la Sarre. Deux chemins de fer suivent également les côtés du triangle et la voie de jonction entre Sarreguemines et Bening-Merlebach coupe horizontalement le triangle.

Dans la nuit du 5 au 6, les bivouacs des corps Frossard et Bazaine ont été les suivants: le 2e corps Frossard avait sa 1re division Vergé, à Stiring, la 2e Bataille, à Œting, la 3e Laveaucoupet, à Spickeren, la réserve autour de Forbach.--Le 3e corps Bazaine avait sa 1re division Montaudon, à Sarreguemines, la 2e Castagny, à Puttelange, la 3e Metman, à Marienthal, et la 4e Decaen, à Saint-Avold.

Dans la matinée du 6, les Prussiens attaquèrent vigoureusement les divisions Vergé et Laveaucoupet; bientôt la division Bataille, en réserve à Œting fut obligée d'engager tout son monde pour soutenir une lutte à laquelle prirent part tous les corps prussiens campés dans un rayon de 30 kilomètres au champ de bataille. Le dernier, qui arrivait par le village de Grande-Rosselle, à la tombée de la nuit, et menaçait sérieusement la ligne de retraite de Frossard, venait de passer par Lebach, Vœlklingen, en fournissant une traite d'environ 34 kilomètres.

Voici maintenant sur quel point roule la discussion depuis trois ans: Tandis que les généraux prussiens ont tous marché au feu avec un ensemble parfait, les quatre divisions du 3e corps sont restées ou se sont promenées à peu de distance du champ de bataille. M. le général Frossard a vivement critiqué, dans son rapport officiel, la conduite des généraux Montaudon, Metman et Castagny; le général Decaen est complètement hors de cause puisqu'il ne devait, sous aucun prétexte, quitter l'importante position de Saint-Avold, encore, a-t-il envoyé par le chemin de fer un de ses régiments au secours du 2e corps.

Nous n'avons pas à entrer dans une polémique qui menace de recommencer devant le conseil de guerre, puisque le maréchal Bazaine et le général Frossard ont déclaré à M. le duc d'Aumale qu'ils entendaient répondre aux imputations dirigées contre eux, au sujet de la journée du 6, dans le rapport du général de Rivière. Pour l'édification de nos Lecteurs, nous nous bornerons à donner l'itinéraire parcouru par chacun des trois divisionnaires du corps Bazaine.

Le général Montaudon, en position en avant de Sarreguemines, à l'extrême droite, se mit en mouvement à quatre heures du soir, descendit la rive gauche de la Sarre jusqu'à Grossbliedersdorf, gravit le plateau, s'arrêta d'abord à la nuit à Busbach, pour continuer son chemin sur Puttelange, où il arriva vers neuf heures du matin.

La division Castagny était à Puttelange, à 16 kilomètres de Forbach. Vers onze heures, elle entend une canonnade très-vive, prend les armes et marche dans la direction du bruit à une heure, après en avoir reçu l'autorisation du maréchal Bazaine. La division prend d'abord position à Farschwiller, y laisse une brigade, et le reste des troupes s'établit entre Théding et Folkling, à 4 kilomètres de Forbach. L'avant-garde, formée du 90e de ligne, sous les ordres de son énergique colonel, le comte de Courcy, s'avance jusqu'à Forbach même. Là, le général de brigade Duplessis, qui marchait avec son premier régiment, apprend que le corps Frossard est en retraite. Le général Castagny retourne alors à Puttelange, où il arriva à quatre heures du matin.