En résumé, voilà une bien grosse punition pour une calotte donnée à un enfant. La loi du talion a dit dent pour dent; mais elle n'admet pas de telles représailles. Si on est libre de tuer les vieilles tantes pour un soufflet donné à un petit-neveu, il n'y a plus de parenté possible. Fort heureusement que tout cela est un jeu d'esprit, un petit drame de théâtre et que cela n'a d'autre importance que l'intérêt du moment. Que les vieilles filles se rassurent, la corporation n'est pas menacée.
La pièce est signée de M. Édouard Cadol; une femme de talent avait écrit depuis quelques années un roman qui avait pour titre: Une cause secrète. Le drame est né du roman. La collaboration a été des plus heureuses, car cette Enquête a été vivement applaudie. Elle est très-bien jouée par Mme Fromentin, Mme Lesueur, Pujol et Landrol, et surtout par Francès, extrêmement remarquable dans le rôle de Patrick, ce domestique qui a une sensibilité si féroce.
L'Opéra-Comique a repris Richard Cœur-de-Lion. C'était merveille de voir avec quelle chaleur et quel enthousiasme le public a accueilli ce chef-d'œuvre de Grétry. Mais aussi que cela est fin et juste, que d'esprit dans les détails, quelle sage distribution dans l'ensemble!
La musique s'est chargée de ce livret assez banal de Sedaine, et elle lui a donné la vie, elle l'a animé des ardeurs de l'âme par la poésie. De ce sujet elle a fait une légende, ou plutôt un poème de l'amitié. Elle lui a donné des accents si vrais, si touchants, que j'ai vu l'autre soir des larmes couler de bien des yeux. A l'air: O Richard, ô mon roi! au duo: Dans une tour obscure, la salle a éclaté en applaudissements, et pourtant cet opéra centenaire, Dieu sait si nous le connaissons! Combien de fois l'avons-nous entendu, combien de fois l'a-t-on répété partout, à ce point qu'on l'a usé comme un pont-neuf. Le théâtre l'abandonne vingt ans; il le reprend, et le génie de Grétry, si net, si clair, refleurit comme dans un renouveau. Ah! quelle grande école que cette école de la musique française à la fin du XVIIIe siècle. Beethoven l'appréciait à sa juste valeur; Rossini en admirait la finesse, la fermeté, le bon sens et le comique, toutes ces qualités enfin de notre génie français, et voilà que nous l'avons délaissée en ces temps derniers; mais qu'elle reparaisse une fois, et nous nous repentons de nos erreurs et nous revenons à elle avec tout l'enthousiasme qu'elle mérite.
Cette reprise de Richard a donc été une joie, une fête. Melchissédec a chanté le rôle de Blondel avec beaucoup de style; il a dit son premier air avec ampleur, et son couplet d'Une fièvre brûlante, repris par Duchesne, a enlevé la salle. On a redemande le duo, comme on avait fait bisser le duetto: Un bandeau couvre les yeux. Les rôles de femmes nous ont paru bien moins tenus que les rôles d'hommes, et c'est dommage pour ce gentil et aimable personnage de Laurette, une des perles de l'ouvrage.
Mme Krauss nous est revenue. Nous devons à l'administration de M. Strakosch de revoir cette éminente artiste, que nous avons retrouvée dans Il Trovatore avec toute la délicatesse, toute la chaleur, toute la puissance de son talent, Mlle Krauss ne peut nous donner que quelques soirées, mais sa réapparition aux Italiens marque vraiment les premiers jours de résurrection de ce théâtre. La soirée a été excellente, d'autant plus que Mlle Krauss rentrait accompagnée par un artiste de premier ordre, M. Padilla, que nous avions entendu quelques jours avant dans le rôle de Rigoletto, dont il chante et joue en maître tout le troisième acte, si émouvant et si dramatique. M. Padilla, dans le rôle du comte de Luna, a confirmé le succès de son premier début.
M. Savigny.
L'ARMURIER D'après le tableau de M. Jacomin.