Cet ouvrier, qui devait avoir une cinquantaine d'années au moment où il a péri dans le terrible drame du 29 août de l'an 79, est très-vraisemblablement un ouvrier tanneur. Son costume était celui des ouvriers de tous les temps, composé d'une blouse serrée à la taille par une ceinture et d'un pantalon court. Il avait le bas des jambes et les pieds nus.

Il ne se trouvait pas au même niveau que la tannerie, mais à la hauteur de son toit, par lequel il a sans doute cherché à s'enfuir, la pluie de cendres et de pierres lui avant apparemment enlevé tout autre moyen de retraite.

Au moment où on l'a découvert, il reposait, la tête appuyée sur sa main, qui contenait, avec quelques menues monnaies, un sesterce, petite pièce d'argent valant alors de vingt-cinq à trente centimes.

Notre dessin ayant été fait d'après la première copie délivrée par le photographe qui a obtenu la permission de photographier le corps, l'Illustration est donc le premier journal qui aura mis sous les yeux du public cette intéressante découverte.

Le Canal des deux Océans

Ni Hugo, ni Saadi, ni Byron, ne pourraient rêver de contrastes plus saillants que ceux qui se présentent à l'esprit chaque fois que l'on se propose de comparer ces deux frères si dissemblables, L'isthme de Panama et l'isthme de Suez. L'un, oublié sur un coin du nouveau monde, semble un morceau de l'Eden, et l'autre un canton détaché de l'enfer.

Le canal de Lesseps traverse une langue de sables abandonnés par des eaux languissantes et paresseuses, brûlés par les rayons d'un soleil qui ne pardonne même point aux Pyramides, car leur base est enfouie par un océan toujours croissant de poussière. Avant les créations récentes du canal des deux mers, pas une goutte d'eau potable, pas un arbre, pas une touffe d'herbe, pas un être vivant pour voir passer la caravane, si ce n'est le Bédouin qui la guette! On ne sait si le désert est plus mort du côté de Port-Saïd ou de Suez.

Le canal des deux Océans traversera une région américaine d'une fertilité prodigieuse; et le navigateur se demandera étonné s'il ne trouve pas encore plus de vie parfumée et charmante sur les rives du Pacifique que sur celles du golfe du Mexique. L'isthme du nouveau monde, dont la longueur dépasse de deux ou trois fois celle de notre France, est travaillé par des feux souterrains, émaillé de volcans, semé de lacs, inépuisables réservoirs d'ondes pures.

Deux millions d'hommes y habitent au milieu de monceaux de verdure. Ils semblent égarés dans les profondeurs de cette Thébaïde étincelante de vie, où des sites mystérieux sont parfois découverts, enfouis depuis des temps inconnus sous des touffes titanesques de fleurs ravissantes.

Les acajous gigantesques auprès desquels nos grands chênes sembleraient nains, rabougris, ratatinés, servent de point d'appui à des milliers de lianes, herbes ambitieuses qui voudraient escalader le ciel. De ce tapis odorant qui recouvre l'écorce s'élancent de gracieuses orchidées aussi voluptueuses que les plus éthérées des hautes terres mexicaines.