Les palmiers voisins étalent avec orgueil leurs tiges sveltes, pures, gracieuses. Ils laissent retomber crânement leurs feuilles panachées dont les longs replis produisent des ombres curieuses et d'étonnants jeux de lumière.
Des légions serrées de plantes herbacées, quelques-unes aux formes abruptes, anguleuses, se foulent, s'étouffent, se disputent le sol avec la rage que peut inspirer la folle ardeur de profiter des moindres rayons d'un soleil incommensuré tombant sur un sol d'une éternelle fraîcheur. Car les sources y sont inépuisables et la brise de mer se plaît à y porter tous les soirs les vapeurs des océans voisins. Peu importe en effet qu'elle souffle du couchant ou de l'aurore.
Il y a juste trente-trois ans, un homme alors dans la fleur de l'âge, déjà célèbre par des entreprises téméraires, portant un nom illustre dans notre histoire, rêva de se faire une nouvelle carrière. Il eut l'idée de couronner l'édifice de sa vie déjà agitée en donnant le grand coup de pioche qui devait creuser un fossé entre les deux Amériques afin de rapprocher les deux hémisphères.
Cet homme changea d'idée. Il réussit à monter sur le premier trône de la terre. Il ne parvint qu'à fonder un empire, à remplir deux fois le monde, une première par l'éclat de sa puissance, une seconde par le retentissement de sa chute!
Combien l'histoire du siècle eût été révolutionnée si le prince Louis-Napoléon eût persisté à creuser le Canal des deux Océans, s'il eut cherché à devancer M. de Lesseps au lieu de marcher sur les traces d'Auguste et de César..
Le gouvernement de Washington vota les fonds nécessaires à une exploration minutieuse en 1870, au milieu de l'année terrible. Il prit la résolution magnifique de faire explorer à la fois tous les tracés qui au nombre de douze ou quinze déjà avaient chacun leurs enthousiastes, leurs sectaires.
Ce grand travail suppose l'exploration de deux côtes, longues chacune de 2,000 kilomètres; aussi les Américains ont-ils procédé avec des ressources prodigieuses.
Sur chaque Océan stationne un navire de guerre servant d'hôpital, de magasin, de quartier général. Ce centre est incessamment ravitaillé par des bateaux à vapeur qui y accumulent les provisions, les instruments, le personnel.
Certains de trouver en tous cas, à l'abri des Stars sand tripes, un lit, des soins empressés, un ravitaillement abondant, les officiers yankees étudient les deux rives de l'isthme, l'orient et l'occident, avec une incroyable ardeur.
Le premier acte d'une descente est d'établir sur le bord de la mer un observatoire, pourvu d'excellents instruments électro-photographiques.