L'électricité n'abandonne pas un seul instant les explorateurs américains, car ils ne s'avancent dans l'intérieur que traînant derrière eux un fil qui les met en communication instantanément avec la côte. A peine ont-ils ouvert des routes que la poste s'en empare. L'armée scientifique traîne avec elle un monde de curieux, de touristes, de naturalistes, de reporters. Nous avons essayé de représenter le go ahead, appliqué au cœur des forêts vierges, avec l'enthousiasme sans lequel on ne peut faire jamais de durables conquêtes.

Les ingénieurs, les marins, sont si absorbés par leurs travaux, qu'ils n'entendent point toujours le frôlement du serpent qui s'approche en rampant sous les lianes. Pour les surprendre, le reptile immonde n'a pas besoin de rester de longues heures embusqué dans la fange. Le chef de la première expédition, le commodore Crossmann, périt ainsi dévoré par un crocodile.

En avant du campement des hommes se trouve l'écurie des chevaux. Le toit est formé par des feuilles de palmier placées négligemment les unes sur les autres. Des nègres non moins actifs que les blancs dressent les piquets de nivellement nécessaires surtout quand il s'agit de choisir entre deux directions différentes.

Cette forêt est placée au sud de la ville de Rivas, la plus méridionale des vieilles cités espagnoles du Nicaragua. C'est sur ce champ de bataille que le génie de l'homme remportera sa victoire définitive; on dirait que la nature a tout fait pour faciliter notre tâche sans nous enlever l'honneur du mot de la fin. Ayant creusé un magnifique estuaire, le fleuve Saint-Jean, pour introduire les vaisseaux modernes dans le lac célèbre par les merveilles des galions du roi d'Espagne, cette bonne mère semble nous dire: «Allons, mes enfants, du courage à l'ouvrage, c'est à vous de compléter mon travail.»

W. de Fonvielle.

Le combat naval de Carthagène

Carthagène, le 13 octobre 1873.

AU DIRECTEUR

«J'ai l'honneur de vous adresser une relation détaillée du combat naval livré dans les eaux de Carthagène le 11 courant, entre l'escadre des fédéraux et celle du gouvernement central. J'accompagne cette relation d'un plan indispensable pour comprendre les différents mouvements qui ont été effectués. Je tâcherai, dans cette narration, d'éviter autant que possible les termes techniques, de façon qu'elle puisse être suivie sans difficulté par les personnes étrangères à la marine. Inutile de dire que ce récit est celui d'une personne présente à l'affaire.

«L'escadre des fédéraux était composée de la Numancia, frégate cuirassée sur laquelle s'était embarqué le général Contreras; le Tetuan, frégate cuirassée; le Mendez-Nunez, ancienne frégate en bois, cuirassée à la flottaison, avec un réduit central cuirassé comme celui de nos corvettes, et le Despertador, aviso à roues.