Note 4: Péon. Serviteur indien à gages. Le mot est espagnol et s'emploie dans toute l'Amérique espagnole, y compris le Mexique. Le péonage n'est en résumé qu'une sorte d'esclavage.
Le gouvernement argentin, affaibli par ses dissensions intestines, se soumit à l'insulte. Bonpland, qui n'était qu'un Français et un étranger, resta pendant neuf longues années prisonnier au Paraguay. Ni un chargé d'affaires anglais, ni un commissaire envoyé par l'Institut de France ne purent réussir à lui faire rendre la liberté.
Il est vrai qu'il ne fut d'abord prisonnier que sur parole et qu'on le laissait vivre sans le molester, parce que Francia lui-même tirait profit de ses admirables connaissances et de sa sagesse.
Mais les succès de Bonpland, au lieu d'apaiser le tyran, ne firent que hâter la ruine de Bonpland. Le respect universel dont l'entouraient les Paraguayens excita l'envie du despote; une nuit, il lut saisi à l'improviste, dépouillé de ce qu'il possédait sauf des vêtements qu'il portait, et chassé du pays!
Il s'établit près de Corrientes, où hors de l'atteinte du tyran il recommença sans se décourager ses travaux d'agriculture. C'est là qu'auprès d'une femme née dans l'Amérique du Sud et entouré de ses nombreux et heureux enfants, il termina, âgé de plus de quatre-vingts ans, sa vie utile et sans tache.
Si j'ai introduit ici cette légère esquisse, c'est parce que la vie d'Amédée Bonpland ressemble sous quelques rapports à celle de Ludwig Halberger, dont nous écrivons l'histoire.
Ce nom d'Halberger semble indiquer une origine germanique. La vérité est que Ludwig Halberger était de race alsacienne et Pensylvanien de naissance, car il avait reçu le jour à Philadelphie.
Comme Bonpland, c'était un amant passionné de la nature; comme le savant Français, il était allé dans l'Amérique du Sud pour y trouver un champ plus vaste, ou tout au moins un pays plus neuf, où il put se livrer à ses goûts pour les sciences naturelles.
Vers l'année 18...., il s'établit dans la capitale du Paraguay, qui devint alors le centre de ses études et de son activité. Asuncion étant comme sa base d'opérations; il se rendait souvent dans la contrée environnante, surtout dans le Gran Chaco. Il était assuré d'y trouver des espèces curieuses, tant du règne végétal que du règne animal, et non encore décrites, parce que là toute recherche était accompagnée d'un danger.
Ce danger était un attrait de plus pour lui. Avec le courage d'un lion, le simple naturaliste avait l'habitude d'explorer la solitude à une distance où pas un seul des cuarteleros (5) de Francia n'eût osé montrer le bout de son nez!