GRAVURES
Le colonel Villette, aide de camp du maréchal Bazaine.--Le creux Terrible, île de Jersey.--Le Poisson-télescope.--Cadavre trouvé dans les fouilles de Pompéï.--Le percement de l'Isthme de Panama: une station de l'expédition scientifique chargée d'étudier le terrain.--Procès du maréchal Bazaine: Panorama de la bataille de Borny.--Revue comique du mois, par Bertall (12 sujets).--Plan du combat naval de Carthagène. --Rébus.
HISTOIRE DE LA SEMAINE
FRANCE
M. le comte de Chambord publiera-t-il ou ne publiera-t-il pas un manifeste? Telle est la question que chacun se pose depuis quelques jours et d'où l'avenir de la France semble dépendre. Plus nous approchons, en effet, de l'heure fixée pour le débat solennel qui va s'ouvrir et moins la clarté se fait sur les conditions sur lesquelles portera ce débat ainsi que sur ses résultats probables.--Nous avons reproduit, dans notre précédent bulletin, le compte rendu de la réunion du centre droit, dans laquelle M. Chesnelong était venu rendre compte à ce groupe parlementaire de sa mission de Frohsdorf. Ce compte rendu était à peine publié que l'exactitude en était contestée de divers côtés: suivant les uns, M. Chesnelong avait altéré le sens et les termes des déclarations à lui faites par M. le comte de Chambord; suivant d'autres, c'était le rédacteur du compte rendu qui avait mal résumé le discours de M. Chesnelong; les journaux légitimistes, notamment, déclaraient devoir s'abstenir de reproduire un procès verbal entaché d'erreurs, tandis qu'une autre feuille affirmait, au nom d'un familier de Frohsdorf témoin de l'entretien du prince avec les délégués de la droite, que sur la question du drapeau, notamment, l'accord n'était nullement établi comme on s'était plu à le dire. Un nouveau compte rendu, publié quelques jours après par l'Union, atténue, en effet, d'une manière sensible, les déclarations contenues dans le premier; sur la question du drapeau, par exemple, il y est dit simplement que M. le comte de Chambord ne demande pas que rien soit changé à ce drapeau avant qu'il ait pris possession du pouvoir. D'un autre côté, M. Chesnelong affirme, dans une lettre livrée à la publicité, qu'il s'est toujours entretenu seul et sans témoins avec le roi, à quoi l'on répond en demandant ce que faisait alors à Frohsdorf son compagnon, M. Lucien Brun. Le mystère n'est pas encore éclairci à l'heure où nous écrivons; il ne le sera vraisemblablement, comme nous le disions en commençant, que par un manifeste de M. le comte de Chamhord, manifeste dont l'apparition est devenue la question à l'ordre du jour et dont les journaux fusionnistes eux-mêmes ont été amenés à reconnaître la nécessité. En attendant, on annonce le départ pour Frohsdorf d'un nouveau mandataire qui serait, dit-on, M. de Falloux, et l'opposition se compte et se prépare à entrer en lice.
On a remarqué qu'à la fin du discours prononcé par lui dans la réunion du centre droit, M. le duc d'Audiffret-Pasquier adressait un pressant appel aux membres du centre gauche et l'on pouvait en conclure que la majorité royaliste avait compté, pour se compléter, sur l'adhésion d'un certain nombre de députés de ce groupe. Or, le centre gauche tenait séance le lendemain même des réunions de la droite, et son attitude était loin de répondre à l'attente de M. le duc d'Audiffret. M. Léon Say, qui présidait, est venu exposer qu'à la suite de la séance de la Commission de permanence il avait été abordé dans les couloirs par M. le duc d'Audiffret-Pasquier qui lui avait dit que sans doute il avait dû lire, dans les journaux le désir où il était de communiquer au centre gauche les motifs qui avaient déterminé la conduite du centre droit. Accepteriez-vous cette communication? avait-il ajouté, et de quelle façon pourrait-elle s'effectuer?--Le président du centre gauche, se conformant rigoureusement à la résolution qui avait été prise dans la réunion de ce groupe tenue le matin a répondu à M. le duc d'Audiffret-Pasquier qu'il le remerciait de sa communication, mais que le projet du centre droit était trop public pour n'avoir pas déjà été apprécié par le centre gauche.
Nous ne pouvons pas douter, a dit M. Léon Say, que dans les conditions où la monarchie est imposée, elle serait considérée par le pays comme une revanche de 1789, ce qu'elle serait d'ailleurs en réalité. Dans ces conditions, le centre gauche ne peut accepter de communications officielles qui ressembleraient à des négociations qu'il ne veut pas entamer.
La réponse du président du centre gauche à M. le duc d'Audiffret-Pasquier a été, à plusieurs reprises, couverte d'unanimes applaudissements par la réunion.
M. le président fait savoir ensuite qu'il ne croit pas devoir répéter au centre gauche les paroles par lesquelles M. le duc d'Audiffret-Pasquier a terminé son entretien. «Ces paroles ne seront pas livrées à la publicité, a ajouté M. le président, à moins que M. le duc d'Audiffret ne le fasse lui-même.
M. Casimir Périer, qui assistait à la réunion et qui la veille avait publiquement protesté de son attachement à la cause républicaine, a pris la parole pour féliciter M. Léon Say des sentiments qu'il venait d'exprimer et la séance a été close par l'adoption de la résolution suivante: