«Le centre gauche reste uni dans la conviction que la république conservatrice est la pins sûre garantie de l'ordre comme de la liberté, et que la restauration monarchique dont il est question ne serait pour la France qu'une cause de nouvelles révolutions.»
Cette attitude résolue du centre gauche a visiblement déconcerté les journaux royalistes, dont la confiance enthousiaste jusqu'alors a été mise à une nouvelle épreuve par la réunion des députés bonapartistes désignée sous le nom de «Groupe de l'appel au peuple», et qui s'est prononcée avec non moins d'énergie contre les projets de restauration. Aussi, la question de la convocation anticipée de l'Assemblée nationale n'a-t-elle même pas été posée devant la Commission de permanence, comme elle n'aurait pas manqué de l'être si la droite eût été sûre du succès. On voit combien la situation est encore obscure et à combien de surprises nous pouvons rester exposés jusqu'au dernier moment. Aussi ne faut-il pas s'étonner de voir successivement tous les partis faire appel à M. le comte de Chambord et lui demander de mettre fin à toutes ces équivoques par des déclarations catégoriques. Ainsi que le disait hier encore le Journal des Débats, un mot heureux du prince peut aujourd'hui fout gagner, un mot malheureux, des restrictions maladroites, perdraient tout à coup sûr; un silence imprudent compromet tout. Les heures sont comptées et bien des consciences sont encore à la gêne lorsqu'elles devraient être résolues et fixées.
GRANDE-BRETAGNE
M. John Bright, qu'une longue maladie avait tenu depuis près de deux ans éloigné des affaires, a prononcé jeudi dernier, à Birmingham, un discours qui était impatiemment attendu et qui a produit dans toute l'Angleterre un effet considérable. L'opinion publique était désireuse de juger du degré d'influence que la rentrée de M. Bright au ministère exercerait sur la marche de l'administration. Aussi l'affluence des électeurs était-elle considérable, et plus de seize mille personnes se pressaient dans l'enceinte.
Les déclarations du vieux chef du libéralisme anglais, quelque précises, quelque énergiques qu'elles soient, laissent dans l'esprit l'incertitude et le doute sur les intentions du cabinet Gladstone, parce qu'elles ont un caractère absolument personnel et qu'elles sont même directement opposées à l'opinion bien connue de M. Gladstone sur les questions auxquelles elles ont trait.
Le point le plus important traité dans le discours de M. Bright est le passage relatif à la loi sur l'éducation. Pour saisir cette importance, il est indispensable de présenter rapidement l'historique de cette loi.
En 1870, M. Forster a fait adopter par le Parlement une loi sur l'instruction élémentaire dont un paragraphe, le vingt-cinquième, autorise les School's Boards, ou conseils locaux d'instruction, à prélever des impôts pour subvenir aux frais de l'instruction, mais seulement dans les écoles où l'élément religieux fait partie de l'instruction. En d'autres termes, la loi Forster accorde une subvention aux écoles où l'instruction religieuse fait partie du programme de l'enseignement.
Cet article a toujours soulevé une grande opposition chez les dissenters, qui, ne reconnaissant pas l'Église établie, demandent qu'on subventionne seulement les écoles où aucune espèce d'instruction religieuse n'est donnée et où la lecture de la Bible elle-même n'a pas lieu. Les dissenters appartiennent au parti libéral.
Mais le premier ministre est loin d'avoir les mêmes idées qu'eux. Il est convaincu, ainsi qu'il l'a exprimé dans sa réfutation de Strauss et dans son livre Ecce homo, que l'indifférence religieuse était le plus grand danger que pût courir la société, et que, par conséquent, il est de toute nécessité de donner au peuple l'instruction religieuse.
Cette question est celle que M. Bright s'est attaché à traiter le plus explicitement dans son discours.