Je me suis toujours méfié et des adversaires de parti pris et des enthousiastes politiques, lorsque j'ai voulu savoir la vérité. Informé que les préparatifs de l'insurrection se faisaient à Vera, sous les ordres du colonel Martinez, avec lequel j'avais lié connaissance l'année dernière, je résolus de me transporter dans cette dernière localité. Ce que j'effectuai le lendemain de mon arrivée, tant j'avais le désir de voir par moi-même comment débute une insurrection.

La distance d'Irun à Vera est d'environ 16 kilomètres. La route de Pampelune qui y conduit est une des plus belles et des mieux entretenues de toute l'Espagne. Elle est tracée tout le long de la rive gauche de la Bidassoa qui fait des tours sinueux au milieu de hautes montagnes boisées et couvertes de distance en distance de caserios (fermes), dont l'éclatante blancheur les fait ressembler à des nids au milieu des feuillages. Depuis Béhobie et sur toute la route jusqu'à Vera, on ne trouve que des habitations qui s'élèvent sur les deux rives espagnole et française, car la Bidassoa sert de frontière aux deux pays voisins. Ici c'est le village français de Biriatou, bâti sur la cime d'un mont, au pied duquel coule la rivière; là ce sont les fermes du comte de Villaréal qui, de distance en distance, apparaissent sur la rive espagnole, sous la forme de maisons mauresques; plus loin, c'est le pont d'Anderlassa où la Bidassoa cesse d'être frontière de la France, pour entrer dans la Navarre; après le pont, ce ne sont, à droite et à gauche, que des mines de fer en pleine exploitation et dont le minerai est transporté par la rivière jusqu'à son embouchure dans l'Océan, près d'Hendaye. 6 kilomètres après Anderlassa, on rencontre le bourg de Vera qui compte une population d'environ 3,800 âmes.

Cette localité a, pendant toutes les insurrections carlistes, joué un très-grand rôle. Charles V, le bisaïeul du prétendant actuel, y fit son entrée en Espagne, en 1833; l'année dernière et cette année, don Carlos y a fait également ses entrées solennelles; les généraux carlistes font choisie pour être le siège de leurs réunions militaires, avant, pendant et après la guerre; enfin, sa situation, à peu de distance de la frontière, sur la route de Pampelune et les bords de la Bidassoa, au milieu de montagnes qui donnent accès dans toutes les directions vers les provinces basques; tous ces avantages réunis l'ont rendue une localité très-importante.

Il était dix heures du matin quand j'arrivai à Vera, où je descendis à l'auberge de la Couronne d'Or, chez Apestégui, alcade (maire), riche commerçant en vins et l'un des hommes les plus honorables et les plus obligeants de la contrée. C'est chez lui que prennent leurs repas les officiers carlistes de passage à Vera ou qui y séjournent; c'est également à son auberge que j'avais fait connaissance, l'année dernière, avec le colonel Martinez. Au moment où j'entrais dans la cour de l'auberge, il s'y faisait un grand mouvement d'hommes et de chevaux qui se dirigeaient de tous les côtés, J'en demandai la cause à un valet d'écurie qui me répondit en mauvais espagnol:--«Ce sont les envoyés de Sa Majesté le roi Carlos Settimo qu'on va recevoir.» En effet, un quart d'heure après, de la fenêtre d'une chambre de l'auberge, je vis arriver huit chefs (cabecillas) à cheval, suivis d'une centaine d'individus en armes qui les accompagnaient. Parmi ces chefs, je reconnus, à ma grande satisfaction, le colonel Martinez et le député provincial Dorronsoro. J'étais donc servi à souhait pour être bien renseigné sur l'insurrection si longuement annoncée par les journaux étrangers: le colonel Martinez étant le chef nominal de la nouvelle prise d'armes, et le député Dorronsoro, le représentant civil du roi Charles VII, pour l'assister dans sa campagne.

[(Agrandissement)]
LE PROCÈS DU MARÉCHAL BAZAINE.--Panorama de la bataille de Borny.

REVUE COMIQUE DU MOIS, PAR BERTALL